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Venez et Voyez !

Une joie, fruit d'un arbre qui est bon.

20 Décembre 2014 , Rédigé par Gaelle Publié dans #Témoignages

Une joie, fruit d'un arbre qui est bon.

J’ai été moniale de Bethleem pendant cinq ans. J’en suis sortie en 2001, librement, et j’aimerais, autant qu’il est possible, partager cette expérience de vie et répondre à la lettre de Fabio Barbero.

Le cœur de ma vocation à Bethleem, c’était la vie de cœur à cœur avec le Christ, la réponse à son appel à le suivre, pauvre, chaste, obéissant, dans la relation à son Père. Tout au monastère tendait à nous aider dans cette vocation, le silence, la vie en solitude, les temps d’oraison, la liturgie, l’eucharistie quotidienne, la vie fraternelle. C’est tout cela qui pour moi dit la vie monastique.

Au cœur de cette vie, il y avait de longues heures d’oraison, la nuit, dans la solitude de notre oratoire, où chacune nous priions à partir de l’Evangile. Ces temps de Lectio, au jour le jour, permettaient un lent apprivoisement à la personne du Christ, dans l’écoute, la disponibilité à sa parole, nous laissant transformer, convertir à son amour. C’était pour moi et pour chacune d’entre nous un temps de découverte de son appel très concret, un temps d’acquiescement à ce qu’il y avait à changer dans notre vie, un temps où nous nous laissions creuser par le travail de la Parole et qui se poursuivait jusque dans l’eucharistie, jusque dans chaque instant de la journée. C’était cela la perle, le trésor de cette vie monastique selon Saint Bruno que j’ai découvert et tenté de vivre pendant cinq années. Ce travail d’enfouissement dans la Parole et de transformation de soi-même dans l’Esprit, n’était pas facile. Il était parfois nourriture bienfaisante, parfois illumination, à d’autres moments sécheresse, ennui, expérience de la Croix.

Si j’ai pris mon temps pour dire tout cela, c’est que c’est au cœur même de cette relation personnelle avec le Christ que nous puisions la force, la joie, une vraie liberté. Nombreux sont ceux qui sont frappés par la joie qui se lit sur le visage des frères et des sœurs de Bethleem, et cette joie n’est-elle pas le fruit qui témoigne de l’arbre qui est bon ?

J’y ai pour ma part puisé une force et une plus grande liberté personnelle que certains de mes amis et collègues de travail m’ont renvoyées après ma sortie du monastère.

Je suis partie parce qu’au bout d’un certain nombre d’années, j’ai pris conscience qu’une dimension de moi-même, très tournée vers une relation d’aide, très marquée par la prise de responsabilité, d’initiative au service des autres n’arrivait pas à vivre pleinement dans cette vocation de solitude. Cela a été difficile d’admettre que là n’était peut-être pas ce que Dieu voulait pour moi. Un dialogue très confiant avec une sœur responsable m’a aidé à faire le pas, à envisager la sortie, à retrouver ceux que j’aimais et ceux auprès de qui le Christ m’attendait.

Encore au monastère, j’avais imaginé que ce serait très dur, mais j’ai été marquée par la paix qui m’a accompagnée dans cette transition forcément difficile.

Ce qui frappe le plus à la lecture du document écrit par Fabio Barbero, c’est l’absence de spiritualité. Comment juger de la vie monastique sous un angle purement institutionnel évacuant l’Evangile auquel la vie monastique est totalement ordonnée ?

L’image qui m’est venue tout au long de la lecture de ce très long document est celle des jumelles dans lesquelles on regarde du mauvais côté : l’inversion des perspectives est immédiate, le champ de vision est à la fois réduit et aplati. Dans la lettre de Fabio, la vie spirituelle est totalement écrasée. Une analyse de la vie monastique où la vie de foi n’apparaît pas en devient pervertie car ce qui anime tout moine et toute moniale est bien une adhésion libre au don total de lui-même à Jésus, chaste, pauvre et obéissant. L’obéissance ne peut être aliénation pour celui qui regarde le Christ dans sa pleine obéissance à son Père, elle est tout au contraire chemin vers une pleine liberté. Au monastère, il m’est arrivé de voir des sœurs anciennes ou des prieures dans une obéissance immédiate à ce qui leur était demandé. J’ai été touchée par l’humilité de leur attitude dans laquelle je voyais la liberté qui les habitait.

L’idéologie qui sous-tend le document de Fabio Barbero se référant à « un monde émancipé et sécularisé » et à une « France laïque et de la libre pensée » apporte une grille d’analyse occultant la finalité de la vie monastique et pervertit de ce fait la pensée et le jugement critique de ses lecteurs.

J’ai été désagréablement frappée par la mauvaise foi émaillant ce document, parfois même par des affirmations mensongères qui apparaissaient ça et là. Ce témoignage est très peu bâti sur des exemples concrets et il m’est difficile de démonter cette longue démonstration toute idéologique. Je voudrais ne citer qu’un exemple tout simple.

C’est au monastère que j’ai approfondi la théologie de Thérèse d’Avila à travers les livres que j’ai trouvés à la bibliothèque. J’y ai aussi découvert la profonde spiritualité de Saint Jean de la Croix en lisant ses écrits mais aussi à travers ce qu’en disaient les sœurs espagnoles si imprégnées de la nuit obscure. C’est aussi à la bibliothèque que j’ai découvert la grande spirituelle qu’est Elisabeth de la Trinité. Les ouvrages sur Thérèse de Lisieux et tous ceux touchant à la spiritualité carmélitaine étaient très nombreux sur les rayonnages.

J’ai surtout gardé le souvenir précis de deux journées où sœur Marie lors d’un mois évangélique nous a longuement parlé de la théologie de Saint Thérèse d’Avila nous introduisant dans son château intérieur et ses demeures et suscitant beaucoup d’enthousiasme parmi les sœurs.

C’est un fait reconnu par tous : dans un divorce, les torts sont des deux côtés. Pourquoi dans ce document les torts sont-ils ainsi focalisés que sur une des parties ?

Il est certes difficile à Fabio Barbero qui a été prieur pendant de longues années et à son prieur général qui a endossé cette fonction pendant plusieurs décennies d’expliquer leur départ de l’ordre et l’abandon de leur sacerdoce.

Il est certes plus facile de passer aujourd’hui pour des victimes, des personnes qui auraient été aliénées et privées de tout jugement personnel. Ce n’est guère convaincant.

Je peux affirmer que j’ai vécu pendant cinq ans parmi des sœurs responsables, vivantes, animées d’une profonde conscience personnelle. Certes le péché était en chacune de nous et au milieu de nous, affectant notre vie en Dieu, la vie communautaire et l’ordre lui-même lui aussi perfectible.

Mais cette vie dans la foi nous entraînait dans le Christ sur un chemin de libération, sûres de sa miséricorde et de son amour.

C’est la construction de ce Royaume dont j’ai été témoin.

Gaëlle

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