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Venez et Voyez !

AMOUR et VERITE se rencontrent... Long témoignage "sans décor" d'Alexandra

15 Mars 2015 , Rédigé par Alexandra Publié dans #Témoignages

AMOUR et VERITE se rencontrent... Long témoignage "sans décor" d'Alexandra

A mon tour, je viens donner ici mon témoignage.

Il convient sur ce site de parler "sans décor" c'est à dire de parler vrai... il s'agit aussi de faire la part des choses en distinguant bien le contingent de l'essentiel..

Je connais la Famille de Bethléem depuis pratiquement 40 ans dont presqu'une vingtaine d'années passées à en partager la vie : 1an en école de vie aux Voirons puis 6 ans comme étudiante à l'université catholique de Fribourg où j'ai vécu avec la communauté étudiante des petites sœurs et 12 ans enfin comme petite sœur dans plusieurs monastères...

Ma vie au sein de la famille a été loin d'être un long fleuve tranquille comme pourraient en témoigner celles qui me reconnaîtraient et qui, comme moi, ont eu à souffrir de la quitter... comme certaines de ces personnes, moi aussi je me suis posée des questions sur la qualité du discernement, de l'accompagnement et autres.. Je me suis révoltée, j'ai exprimé mes incompréhensions et mes souffrances habitée par le sentiment d'échec et, quelque part, celui de me retrouver seule malgré ma confiance et le don de moi-même accordés à cette famille...

Atterrir seule à plus de 45 ans dans un endroit inconnu pour tout recommencer, non, honnêtement, cela n'a pas été facile!...

Cependant, chemin faisant, dans ma recherche pour essayer de comprendre "pourquoi moi" et "pourquoi tout ça", je me suis rendue compte que les choses ne sont pas si simples et que jamais rien n'est ni noir ni blanc... et que jamais rien non plus de ce qui survient dans notre vie, en tout cas dans la mienne, n'est fortuit ... tout cela n'est encore compréhensible pour moi que "de nuit" mais je suis certaine maintenant que toutes ces années, si elles ont pu un temps me désorienter, m'ont construite intérieurement et que j'en reçois même plus de fruits actuellement que par le passé...

J'en conclue pour ma part que si, presque 20 ans après, j'expérimente de tels fruits dans ma vie, c'est qu'au sein de cette famille le bon grain a été semé en moi... et cela au delà de toutes les limites ou imperfections expérimentées - qui existent sans doute encore - et qui ont pu, un moment donné, m'éprouver ou me déconcerter... Mais n'étais-je pas moi-même limitée et imparfaite? n'ai-je pas fait souffrir moi aussi?.. et cela ne peut il pas être également une déception, un déchirement pour une communauté d'avoir à se séparer d'un de ses membres, la perception même parfois pour elle aussi d'avoir loupé quelque chose?.. sans vouloir entrer, par discrétion, dans les détails, je peux témoigner ici l'avoir constaté auprès de certaines responsables à propos d'autres petites sœurs parties avant moi..

Par ailleurs, si ce bon grain, reçu durant cette partie tellement importante de ma vie, a pris germe en moi, n'est ce pas qu'il venait d'En Haut?.. Le saurais-je si j'avais "jeté le bébé avec l'eau du bain"?...et le bébé n'est il pas infiniment plus précieux que le reste?

C'est emprunte de cette expérience, qui m'est personnelle et n'engage que moi, que je désire témoigner ici de façon purement factuelle sur mon propre vécu.

Ma découverte de cette famille.

..les années 1975... Poligny... un désert de sable et de solitude... et en son sein des petites sœurs, jeunes pour la plupart, qui s'affairaient, silencieuses et joyeuses, passionnées de leur Seigneur Dieu...

...une église toute simple, une étable, où, à côté des temps liturgiques, nous nous retrouvions, les cœurs à l'unisson pour murmurer le nom de Jésus, Yeshoua, et pour L'adorer ... une cellule minuscule et rudimentaire, où le grand Christ de Roublev en noir et blanc m'a accueillie dans l'oratoire et par Qui j'ai été saisie...

...un réfectoire, un repas frugal mais équilibré avec ce moment où, avant de quitter la table, nous chantions l'Evangile de St Jean, l'Evangile de l'Amour..

...mon cœur était en recherche d'un certain absolu de l'Au-Delà de tout.. j'ai été saisie par ce qui émanait de cette communauté, rayonnante d'une foi déterminée et joyeuse, autant que par ce qu'elle me délivrait du Mystère de la Vie..

...40 ans après, je remercie et je suis heureuse d'avoir été.. oui!.. séduite..

Mes premières rencontres avec la famille

...j'étais -et je suis toujours- une pauvre, j'avais déjà le cœur blessé par la vie...

...lors de séjours aux Voirons, où sr Isabelle était la prieure de l'époque, puis à Currières, j'ai rencontré à plusieurs reprises sr Marie qui m'a reçue avec beaucoup d'attention, de miséricorde et de respect.. Elle a pris le temps de réfléchir avec moi sur ma demande d'être accueillie dans la communauté et m'a simplement dit "on va mettre le poisson dans l'eau et on va voir"...

Avec le recul, il se peut que, selon les critères de discernement souvent définis, je n'aurais pas été acceptée ailleurs mais, avec ce même recul, quel cadeau de la Vie pour moi de l'avoir été!

A Bethléem, et c'est peut être ce qui peut parfois dérouter et demander beaucoup de confiance et d'abandon, j'ai découvert que nous ne vivions pas prioritairement de la lettre mais de l'Esprit!.. L'Esprit de l'Evangile qui n'est qu'Amour et Miséricorde mais qui est aussi Celui qui souffle comme Il veut et là où Il veut selon une économie bien différente de celle du "monde"...

...j'ai été très touchée par la confiance qui m'était faite..

...j'ai fait le pré postulat -appelé mois évangélique par la suite- à Currières en 1977...Un parcours biblique structuré avec des étapes bien déterminées, des ateliers de prière, des moments de détente et de joie fraternelle et la consécration à Marie qui a été simplement proposée à ma liberté..

... ce qui m'a marquée, c'est la journée sur le mariage à la fin de la retraite et l'accent mis sur la maternité, sr Marie nous y dissuadant presque de la vie religieuse, laquelle n'a été abordée qu'au dernier jour... Personnellement, j'ai vécu tout cela sans aucun sentiment de contrainte et c'est pleine de joie et de confiance que j'ai commencé mon chemin avec la famille de Bethléem

Mon vécu dans la famille de Bethléem

..un chemin de lumière et de ténèbres, un chemin de joie et de douleur mais un chemin où, aujourd'hui, l'Amour est triomphant!..

Cet Amour qui, tel un glaive à 2 tranchants, est indissociable de la souffrance tant Il peut être décapant!...

Mais combien dilatant est aussi cet Amour pour l'âme qui Le cherche! C'est de cette avancée seule et ensemble, jour après jour, dans la clarté mais souvent dans la nuit de la foi, dont je veux témoigner ici..

..Se lever de nuit et affronter le froid pour aller travailler, soigner ou secourir un proche demande un certain dépassement de soi.. mais faire cela mois après mois année après année, 40, 50 ans ou plus, simplement parce que Dieu est Dieu, relève d'une si grande détermination qu'il est inconcevable que celle-ci ne soit pas le fruit d'une profonde liberté de don de soi...don de soi lié à une foi et un amour sans cesse reçus parce que sans cesse mendiés...

Une foi et un amour reçus dans la prière, dans la Parole scrutée jour après jour, dans une étude assidue et dans la précieuse vie fraternelle...

la prière

..que ce soit en privé ou communautairement, l'apprentissage de la prière m'est toujours apparu comme étant centré sur les Trois Personnes Divines et particulièrement le Christ, notamment avec la prière de Jésus... En ce qui concerne la Vierge, cela ne m'a jamais gênée qu'elle soit aussi très priée et vénérée à Bethléem en tant que la naissance de la famille a un fort lien avec le Mystère de l'Assomption de Marie... Ceci étant, même si j'ai souvent été encouragée à la prier et à me laisser former à sa ressemblance, je me suis toujours sentie libre de prier qui je voulais et comme je le voulais...

Puisqu'on évoque ici la Vierge Marie, je ne suis pas quelqu'un d'enclin à croire ni aux "messages" ni aux miracles partant du principe que miracle ou pas miracle, la foi reste la foi.. J'ai eu moi même l'occasion de rencontrer Saroué, je n'ai pas trop accroché et, même, à dire vrai, je n'ai pas trop bien vécu ce moment avec elle : ce que j'ai pu librement exprimer.. Pour autant je ne me permettrais pas de juger cette femme simple ni certaines responsables qui ont cru bon lui accorder crédit un moment donné.. Après tout, ne faut il pas quelques premiers croyants avant que quelque chose de cet ordre se vérifie ou soit discrédité? Même si, avec le recul, les faits ne se sont pas avérés, franchement cela n'avait pas non plus de quoi déstabiliser ni prendre les proportions que l'on sait.. Et, une chose dont je veux témoigner ici, c'est que si les responsables ont pu être crédules, je suis certaine qu'elles ont été sincères et ont agi dans le but d'aider et jamais de "manipuler" quiconque..

La prière, louange et imploration pour le salut de nous-même et de nos semblables, trouve toute son expression dans la liturgie porteuse de tous les bienfaits de Dieu et de toute la misère du monde... pour une moniale, qui vit cette liturgie et médite la Parole jour après jour, cela suffit normalement pour alimenter sa prière. C'est pourquoi, selon cette vision des choses, j'ai toujours constaté une information médiatique limitée à Bethléem .. pourtant, bien que j'aie partagé cette vision, j'ai eu aussi l'idée, parfois, que cela m'aurait aidée, à des moments de crise intérieure, à me remettre en question si j'avais été un peu plus au fait de certaines actualités du vécu de mes contemporains.. et aussi pour être un minimum en phase avec mes proches ou des personnes de l'extérieur que j'ai pu déconcerter par mes ignorances..

la Parole de Dieu

J'aime notamment me souvenir de l'Evangile découvert ou redécouvert à travers les "fiches d'Evangile", effectuées seule et en commun : une mine inépuisable pour se familiariser avec les différents visages du Christ pour mieux Le connaître et Le rencontrer.. Ces partages, passionnants et nourrissants pour l'âme, étaient également un ciment pour la relation entre les sœurs. J'ai souvenir aussi que nous recevions une sorte de grille de lecture biblique nous permettant de parcourir sur un an l'ensemble des Saintes Ecritures.

la formation

Celle que j'ai expérimentée au cours de près de 20 années, était une formation solide et complète se recevant de l'enseignement de l'Eglise notamment du "Catéchisme de L'Eglise Catholique" dont chaque petite sœur a reçu un exemplaire au moment de sa parution de même que nous recevions personnellement chaque encyclique ou document important publiés par l'Eglise..

.. des cours de Bible, de philo, de théologie dogmatique et morale étaient dispensés par des professeurs d'Universités ou des sœurs diplômées de celles-ci.. les écrits de St Paul, de st Augustin et des pères de l'Eglise, de St Thomas d'Aquin étaient lus ou commentés... ..les cours étaient enregistrés pour la plupart de façon à pouvoir les partager entre les monastères, certains étant plus favorisés que d'autres de par leur situation géographique.. ainsi chaque sœur pouvait bénéficier de la formation la plus riche et la plus équitable possible..

.. au moment où la famille s'est orientée vers une vie plus solitaire, les cellules ont effectivement été équipées de façon à ce que chaque sœur puisse écouter l'enseignement chez elle en solitude.. pour autant, des cours collectifs ont aussi continué à exister de même que les homélies hebdomadaires de la prieure qui avaient lieu dans la salle du Chapitre ..

.. l'accès à la bibliothèque était, c'est vrai, plutôt réservée aux professes, les novices se concentrant davantage sur l'étude de la Bible...les livres de la bibliothèque étaient diversifiés à l'exclusion, bien sûr, de livres impropres à la vie monastiques tels que les romans!.. ayant été un moment bibliothécaire d'un monastère, je n'ai jamais vu qu'aucune vie de saint, ni de témoignage chrétien qui pouvait édifier, en ait été écarté.. Je me souviens notamment que nous lisions des écrits de chrétiens de "l'Eglise du Silence", de jeunes saints plus contemporains comme le petit Van, Claire de Castelbajac ou autres sur lesquels nous échangions parfois en rencontres fraternelles..

la relation aux responsables

Dans chacun des monastère où j'ai vécu, j'ai expérimenté que la prieure était secondée par deux autres petites sœurs responsables : elles constituaient à elles trois ce que nous appelions une "troïka"..

J'ai donc été accompagnée par plusieurs prieures mais aussi par des petites sœurs de la "troïka" de façon successive ou simultanée. Parfois, j'ai pu être déconcertée par la jeunesse de certaines et avoir la perception personnelle d'une maladresse, d'un manque d'expérience ou de formation.. mais la famille était encore naissante et nous étions à l'époque, dans la plupart des monastères, beaucoup plus de novices que de professes. C'était dynamisant et en même temps forcément plus fragile..

Pourtant, chacune à sa manière, m'a toujours témoigné un sincère intérêt et beaucoup de miséricorde afin de chercher le meilleur pour moi, bien qu'il n'ait pas toujours été possible d'y parvenir.. Et je ne me souviens pas qu'on m'ait manqué de respect ou forcée à quoique ce soit contre ma conscience...

.. aussi mon courrier n'a jamais été ouvert que pendant l'Avent ou le Carême, époques liturgiques où il ne nous était pas remis, pour éviter que des nouvelles urgentes restent inconnues et sans réponse.. j'ai pu aussi conserver des relations constructives, dans la mesure du compatible, avec les amis qui le sollicitaient..

Je ne me suis jamais perçue non plus tributaire d'une seule personne à moins que cela ne soit venue de moi... il m'est arrivé, sans doute par immaturité affective, de m'attacher plus particulièrement à une prieure et, par exemple, de vivre difficilement son départ pour une fondation ou autre mais, honnêtement, je n'ai jamais ressenti qu'une quelconque responsable ait voulu exercer son pouvoir sur moi.. Cependant l'attachement n'est il pas en même temps quelque chose d'inhérant à toute relation humaine notamment quand elle est profonde et d'ordre spirituel?..

Normalement, attachement et détachement font partie de toute vie relationnelle : c'est ce par quoi on acquiert une maturité affective et tout particulièrement dans la vie monastique où s'opère un travail de purification pour grandir dans la relation avec Dieu. A noter que par la suite, justement pour qualifier l'accompagnement autant de la prieure que des sœurs, des "sœurs visiteuses" ont commencé à se rendre régulièrement dans les différent monastères pour y apporter un regard extérieur.. et on pouvait toujours s'adresser aussi à une sœur du Conseil ou la Prieure générale..

J'ai aussi connu effectivement cette époque où les prieures étaient proposées à la communauté par sr Marie et son Conseil, les professes perpétuelles se prononçant dans un vote secret mais je n'ai jamais été confrontée au fait que cela ait posé problème.

Je n'ai jamais non plus expérimenté qu'une sœur prieure vivait une vie plus confortable que la mienne... parfois j'ai constaté que la vie de certaines était différente au niveau du rythme par exemple, notamment quand j'ai vécu à proximité de sr Marie et des sœurs de la Maison Mère qui travaillaient avec elle.. Leurs occupations étaient tellement multiples et variées entre l'élaboration de la Règle de vie, la préparation de fondations et autres impératifs, le suivi des chantiers des monastères en construction, l'accueil de personnes si diverses et nombreuses, l'accompagnement plus rapproché de certaines petites sœurs pour qui cela était nécessaire etc..

J'ai pu être témoin qu'aucune d'elles ne chômait ni ne se prélassait mais, au contraire, se donnait sans compter au réel ardu du quotidien.. Et j'ai été témoin aussi qu'elles avaient une vie de prière et de liturgie qui leur était propre, certes adaptée à leur rythme, mais bien existante et pas forcément connue de toutes les petites sœurs dans le silence des monastères..

Je n'ai pas le culte des personnalités et j'ai longtemps été intimidée par sr Marie qui m'apparaissait, à priori, comme quelqu'un d'assez imposant.. Elle avait un regard qui scrutait, une spontanéité pour s'exprimer, une certaine originalité émanant de son côté artiste qui ont pu parfois me déconcerter..

Mais sr Marie aimait aussi provoquer et il s'agissait parfois de ne pas tout prendre au 1er degré.. et surtout pas d'extraire ses paroles de leur contexte... Pour autant quel cœur plein d'amour et de délicatesse j'ai pu expérimenter et quelle simplicité aussi..

Je ne sais pas si, comme on s'est souvent plu à le dire, sr Marie préférait les personnes aisées ou intelligentes mais j'ai été témoin de son attention réitérée pour les préférés de Jésus "les petits, les pauvres, les plus fragiles", une attention profonde et gratuite enracinée dans l'Amour.. Issue moi-même d'un milieu modeste, je n'ai jamais perçu être moins considérée et respectée.. au contraire, j'ai expérimenté avoir du prix tant aux yeux de sr Marie que de mes autres sœurs pouvant venir d'un milieu plus favorisé.. j'étais même souvent étonnée de constater comment notre vie en Dieu pouvait gommer toutes ces différences, somme toute, bien secondaires..

Je parlais de simplicité : j'ai souvent été surprise de la confiance que sr Marie nous accordait en nous partageant tout naturellement une rencontre importante qu'elle avait faite, des projets concernant la famille ou ses soucis à propos de l'une ou l'autre d'entre nous voir de quelqu'un proche de la famille.. Elle aurait pu réserver ces partages au Conseil ou aux anciennes comme cela se pratique en beaucoup d'endroits mais pour elle nous étions précisément une famille.. Quoi de plus naturel dans cette optique que de demander une discrétion, non pour cacher des secrets extraordinaires, mais seulement préserver la vie privée de la famille..

Oui sr Marie avait un régime alimentaire.. cuisson vapeur et sans sauce toute l'année.. et tous les problèmes de santé qui allaient avec.. tout comme sœur Isabelle qui n'a pas été épargnée elle non plus!..

Et alors?.. Oui les petites sœurs dispensatrices avaient à cœur de choisir les plus beaux légumes, fruits ou autre par égard pour celles qui se dépensaient sans compter pour la famille.. n'est ce pas naturel quand on est habité par l'amour fraternel et la reconnaissance?

D'ailleurs, toutes les autres petites sœurs ayant de réels problèmes de santé bénéficiaient également d'attentions appropriées à leur état..

Je le sais tout particulièrement pour avoir pratiqué mon métier d'infirmière au monastère..

les responsables et la santé des sœurs

J'ai souvent entendu dire à Bethléem qu'une saine alimentation était le meilleur des médicaments et c'était un réel souci pour sr Marie toujours en recherche du mieux à ce niveau.. or n'est-ce pas très actuel d'entendre les médias nous dire à leur façon que "nous sommes ce que nous mangeons"?

Pourtant j'ai connu les premières années où, par pauvreté de moyens, l'objectif n'était pas facile à atteindre... Néanmoins, par la suite, c'est vrai, les choses se sont cherchées et nous sommes passées par différentes manières de nous alimenter dans le but de trouver l'équilibre.. la cuisine à la vapeur a été instaurée, laquelle est aussi reconnue comme étant la plus saine aujourd'hui..

Mais je conviens que cela n'a pas toujours été très agréable au palais et que j'ai moi même été frustrée de suppressions sporadiques plus ou moins discutables de certains aliments notamment le sucre..

Pour autant, à partir du moment où cela ne touchait pas aux nutriments fondamentaux, je ne crois pas que nous avons été mises en péril même si cela a été éprouvant pour la sensibilité et parfois surtout au niveau de notre raison..

Par ailleurs, je sais que beaucoup de petites sœurs, bien plus finalisées que moi dans le don d'elles mêmes, ont vécu cela de façon anecdotique et comme tremplin pour grandir dans la vie intérieure.

Je ne sais pas où en sont les sœurs aujourd'hui sur la question mais j'aurai envie de dire ici que le mieux est dans l'usage d'un peu de tout... à part l'amour et la miséricorde dont on peut toujours user et abuser sans mesure!..

En ce qui concerne les soins, il était d'usage de recourir d'abord aux moyens les plus naturels auxquels les petites sœurs infirmières étaient initiées..

Par ailleurs, dans cette optique, les responsables essayaient aussi de s'entourer de médecins ou intervenants sensibilisés à une telle pratique.. Dans une semblable démarche, certains en auront sûrement fait l'expérience, il n'est pas toujours facile de trouver d'emblée les bonnes personnes ni parfois de détecter rapidement leurs limites ou leur éventuelle nocivité...

J'ai été témoin de bonnes expériences et d'autres moins concluantes dont une de laquelle j'ai personnellement pâti.. Parfois de la malchance, parfois trop de crédulité, un manque de connaissance ou une maladresse de la part de la prieure mais jamais je n' en ai vu une nous envoyer sciemment chez quelqu'un de déstabilisant.. Honnêtement, cela m'est inconcevable compte tenu de la bienveillance des prieures que j'ai toujours connues soucieuses du meilleur pour leurs sœurs... c'est en tout cas la perception que j'ai du bon nombre de celles que j'ai côtoyées..

A noter ici qu'à une certaine période, compte tenu de la pauvreté de moyens déjà pour la nourriture, il était impossible d'honorer des cotisations sociales, ce qui limitait les choix des praticiens desquels nous avons souvent été tributaires de la générosité. Cependant, ayant accompagné plusieurs petites sœurs atteintes de cancer ou de maladie neurologique sérieuse, j'ai toujours vu ces pathologies graves être traitées selon l'allopathie traditionnelle tout en utilisant parfois l'homéopathie, la phytothérapie ou autre pour tenter d'atténuer les effets secondaires pénibles de certains traitements agressifs..

la vie fraternelle

J'ai un souvenir encore très vif de sa qualité..

J'ai eu l'occasion de côtoyer d'autres communautés et je peux témoigner ici du charisme tout particulier de l'amour fraternel au sein de la famille de Bethléem... l'attention et le respect dont étaient empruntes les relations entre les sœurs et cette sorte d'unité qui existait d'elle même ..

Cela ne veut pas dire que je n'aie pas connu de tensions ou autres, ce qui serait mentir et idéaliser, mais un quelque chose de l'amour finissait toujours par transcender les imperfections.

Non, ni les sourires ni la joie des sœurs ne m'ont semblé forcés ou factices au cours de toutes ces années : ils émanaient de plus loin qu'elles mêmes bien que, à certains moments de crise, un effort ait pu être à faire.. mais cela n'arrive- t- il pas à tout un chacun?

J'ai toujours eu la perception que cette joie s'enracinait dans une vie de prière intense.. intensité liée à cet effort de transparence vécu par chacune pour se laisser purifier continuellement le cœur de tout ce dont il pouvait être encombré.. les mauvaises pensées de jugement, de comparaison, de jalousie, de curiosité inutile ou autre.. qui peuvent paraître insignifiantes aux yeux du monde mais qui, au monastère, court-circuitent ou même paralysent si facilement la vie intérieure.. Car si celle ci est en panne, je témoigne aussi que, rapidement, tout est faussé et perd sens..

Cet effort de transparence, dans le vase clos du monastère, a besoin de se concrétiser régulièrement faute de quoi il ne peut que difficilement s'opérer..

Comment, au jour le jour, le faire autrement qu'auprès de son accompagnatrice spirituelle ou à l'occasion des coulpes?..

Certes cela demande beaucoup de maturité pour ne pas tomber dans la dépendance infantilisante et régressive, ce qui est le risque...

C'est un apprentissage qui nécessite temps, maturation dans le renoncement continuel à ce qui, en soi même, est réducteur quant à la finalité à atteindre qui est la pureté du cœur.. Mais pourquoi pas, en cas de difficulté, ne pas recourir à quelqu'un d'extérieur?.. J'en ai eu personnellement l'occasion de même que la possibilité de communiquer avec un prêtre que je connaissais bien avant mon entrée et qui a reçu ma profession.

A l'instant, j'évoquais les coulpes, moment qui m'a toujours impressionnée par ce qu'elles comportaient de vérité et de mise à nue de la pauvreté de chacune.. Nous découvrir dans nos pauvretés et les offrir pour recevoir ensemble le pardon d'En Haut et de nos sœurs, quel grand moment et quel ciment pour la relation fraternelle.. de même que de ne pas aller se coucher sans s'être réconcilié, si besoin, avec l'une ou l'autre de ses sœurs.. quelle démarche élevante et comme cette pratique pourrait adoucir les mœurs de notre monde si dur et intolérant..

A côté des coulpes et de la liturgie, principal nutriment de la vie spirituelle au monastère, les repas et rencontres fraternelles complétaient ce qui constituait ces instants plus manifestés de la vie fraternelle..

Les rencontres hebdomadaires étaient des moments de détente et de partage mais pas n'importe comment.. Ce n'est pas par décision saugrenue que les apartés ou conciliabules à deux ou trois n'étaient pas souhaités mais par expérience que cela n'aidait pas la vie intérieure.. je l'ai expérimenté : il était très vite fait de déraper sur des conversations superficielles,et, dans cette vie particulière, cela assombrit inutilement l'âme...

Par contre, connaître le thème de la rencontre fraternelle, que nous choisissions à tour de rôle, permettait de se préparer individuellement, ce qui était un enrichissement pour les échanges..

A noter aussi les conseils de communauté et deux ou trois journées fraternelles par an où nous pouvions posément traiter des questions plus concrètes de la vie communautaire et de la vie de travail, autre aspect important!.. celle-ci s'est structurée, au fil du temps, par le développement de l'artisanat utile pour subvenir aux besoins d'une famille grandissante où tout était à construire.. J'ai vu alors des sœurs tellement investies.. comme j'ai vu aussi de généreux donateurs, désireux de participer, à leur façon, à l'édification de ces lieux, témoins de Dieu, pour le monde..

Que de choses pourraient être encore évoquées à propos de cette vie fraternelle!.. mais toute sa force et son essence n'étant que dans son vécu, je m'arrêterai sur cette petite anecdote qui en illustre la profondeur..

..Une petite sœur, atteinte d'un cancer et en fin de vie sur terre, a devancé sa profession.. son départ prochain pour le ciel était une réalité connue de toutes.. pour le symboliser, une petite sœur -qui n'était pas sr Marie- a eu l'idée de mettre quelques gouttes de collu-bleu dans les blancs montés en neige qui décoraient le gâteau de profession.. l'arrivée du gâteau fut un instant fort en émotion et en communion fraternelle.. pour autant, personne, à ma connaissance, n'a eu la langue bleuie

Mon retour à la "vie du monde"

Je ne m'attarderai pas sur un évènement qui n'appartient qu'à moi et à cette famille religieuse avec qui j'ai eu à vivre les choses. Cela ne s'est pas fait du jour au lendemain et ces moments ont été douloureux pour tout le monde et, sans doute davantage pour moi qui ai eu à en vivre plus concrètement les conséquences..

Je tiens à dire ici que les sœurs responsables, sr Marie, sr Véronica et d'autres, m'ont été présentes avec beaucoup de sollicitude et m'ont aidée concrètement à retrouver un travail, ce qui a été, j'en conviens, facilité, par mon métier d'infirmière.

J'ai pu, par la suite, prendre du recul, m'exprimer sur mon vécu en m'adressant directement à sr Isabelle, qui succédait à sr Marie.. avec elle, j'ai aussi pu faire, dans la confiance, la part des choses de même que, par la suite, avec d'autres petites soeurs.. et notre relation s'en est trouvée apaisée, approfondie en Amour et en Vérité.. et je peux dire que nous vivons aujourd'hui l'énorme cadeau de ce qui survient quand on peut se retrouver plus loin que le limité et le contingent de nos déficiences si humaines : nous faisons, chacune avec notre réel, l'expérience de l'Amour au delà de tout qui nous rend plus sœurs que jamais.. et c'est avec beaucoup de joie que nous nous retrouvons régulièrement pour partager.

Cependant, pour parler vrai, bien que 18 années se soient écoulées, ce n'est pas pour autant que ne persiste pas une certaine blessure, celle d'une solitude impuissante au jour le jour pour assumer les raisons et les conséquences d'une telle rupture..

En ce sens, je peux comprendre certaines réactions.. Pourtant, je n'éprouve, pour ma part, aucune amertume, consciente de la complexité d'une pareille aventure et du mystère de mon chemin, certes conditionné mais aussi, je le redis, enrichi par la profondeur d'une telle expérience..

Aujourd'hui, me voici à un nouveau tournant de ma vie puisque je viens de cesser d'exercer un métier qui faisait sens...

Je souhaite l'aborder dans la confiance et l'espérance en Celui de qui je me reçois..

Pour terminer, c'est en toute liberté que je tiens encore à affirmer ma confiance dans l'intégrité de cette famille du premier jusqu'au dernier de ses membres et en sa capacité à se remettre en question et à évoluer sur ce qui serait à améliorer, la perfection n'étant pas de ce monde..

..Et je la remercie pour ce qu'elle est déjà, témoin de cet Amour dont le monde a tant besoin.

Alexandra

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