Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Venez et Voyez !

Le témoignage d'Elwira, ancienne petite soeur de Béthléem

14 Juin 2015 , Rédigé par Elwira K Publié dans #Témoignages

Le témoignage d'Elwira, ancienne petite soeur de Béthléem

Parler de Bethléem, c’est parler de moi-même, de mon histoire avec les personnes qui font ou qui ont fait partie de cette Famille monastique.

Le mot famille m’a toujours paru important et évocateur des liens entretenus dans cette communauté religieuse. Les différences d’âge, de nationalité, de culture s’effacent devant la réalité de former un seul corps, mais elles ne sont pas gommées pour autant. J’ai toujours aimé cette richesse de langues et de cultures à Bethléem, car cela prouve l’ouverture à l’autre et la souplesse de ses membres.

Je peux évoquer beaucoup de points positifs qui m’ont séduit et dont je rends grâce aujourd’hui.

J’ai cette impression constante de m’avoir fait découvrir à moi-même à Bethléem. Avec intelligence humaine et spirituelle, mes talents ont été mis au service des autres. D’après mon expérience, c’est un des points forts de cette communauté qui tend à ce que chacun donne le meilleur de soi-même en lui offrant les moyens et en le mettant devant sa responsabilité.

La création artistique de cette famille monastique en témoigne largement au-delà des frontières de son désert. J’en reste toujours émerveillée. C’est à Bethléem que mon talent pour la peinture d’icônes a été découvert et j’en reste fidèle jusqu’à aujourd’hui.

J’ai appris beaucoup de choses pratiques qui me servent toujours dans la vie quotidienne, comme le bricolage, les petits travaux d’entretien, etc. J’ai aussi appris à chanter ! Mais par-dessus tout, j’ai acquis un sens du partage et de la fraternité. Un autre point important à mes yeux est la santé et le bien-être de la personne. Même si nous n’avions pas, à l’époque, de sécurité sociale, nous n’avons jamais manqué de soins. Aujourd’hui, je peux dire que je n’ai jamais été mieux soignée qu’à Bethléem. Je loue l’ingéniosité des sœurs de nous trouver le meilleur remède possible, le médecin qu’il faut et je sais de quoi je parle ayant souvent des soucis de santé.

Mais il est temps de me présenter : Je m’appelle Elwira et je suis d’origine polonaise. A 20 ans passés, j’ai quitté mon pays natal pour suivre le Christ dont j’ai reçu l’appel bien avant de connaître Bethléem. A Bethléem, je suis entrée en 1993 suite à la retraite appelée « le mois évangélique » aux Montsvoirons. Entre les deux, à ma demande, je suis partie en Pologne pour annoncer la bonne nouvelle à ma famille qui n’a pas été surprise de ma décision. C’était dur pour mes proches de me voir partir, mais j’ai été déterminée et joyeuse.

Ma vie monastique, ma formation se sont déroulées principalement à Paris et en Italie à Monte Camporeggiano.

J’ai quitté la communauté en 1996, suite à une retraite ignatienne pour entreprendre mes études supérieures. C’était un énorme renoncement de ma part, car j’ai aimé cette vocation bethléemite profondément. Malgré la faiblesse humaine, la mienne et celle des autres, cette vie me parlait de Dieu et mon cœur en était brûlé. Les sœurs m’ont aidé à payer l’inscription à la fac, à me vêtir et en me trouvant un logement. La séparation a été douloureuse, mais je n’ai pas été seule. Mon ancienne prieure, celle de Paris, me suivait de près. Aurais-je eu de la chance ? Je dirai que oui, car j’ai été accueillie si souvent au monastère et toujours gratuitement.

La générosité de Bethléem ! J’en suis marquée. C’est là que j’ai compris que la personne humaine a plus de valeur que l’argent. Je peux donner beaucoup d’exemples, d’évoquer tout ce temps que l’on m’a consacré à m’écouter, à m’accompagner. Bien sûr, personne n’est parfait. Il y a eu des malentendus, des décisions hâtives et la dureté d’un cœur qui se ferme à la grâce et qui éprouve l’autre, mais est-ce tellement étrange ?

Aujourd’hui, je reste proche et je continue mon chemin dans le monde en gardant une relation amicale et fraternelle avec les sœurs, en particulier avec celles de Paris que je garde dans mon cœur. Par expérience, je sais combien il est difficile de se reconstruire après un échec. Je connais ce goût amer de se sentir trompé ou malmené. La révolte prend la place de l’amour et tout est interprété de la même et seule manière, sans distinction. Oui, la souffrance est injuste, mais elle fait partie inhérente de mon existence, de l’existence de chacun. Je suis convaincue que devant elle, nous avons le choix ; l’assumer et en faire quelque chose de positif ou la refouler, et elle finira par nous détruire, petit à petit. C’est le sens d’une responsabilité. Est-ce que je veux me détruire ? moi-même et les autres aussi ? Ou bien, choisir plutôt ce qui est bon pour moi et pour autrui ?

Bien sûr qu’il faut dénoncer le mal, mais il faut renoncer au mal qui se sert de notre souffrance projetée devant nous comme un étendard. Aucune vengeance n’est évangélique ni justifiable, même si l’on peut la comprendre. C’est si facile de condamner et si facile de détruire ce que l’on a construit avec effort depuis si longtemps. Une parole de Jésus me vient en tête : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Jn 8,7. Cette parole retient parfois mon enclin à critiquer l’autre, car comme tous, je suis marquée par le péché et je tombe vite, puisque ma souffrance semble tout justifier et je pense en avoir le droit. Et l’autre est si souvent décevant puisqu’il tombe aussi.

Bethléem serait-elle pire ? serait-elle meilleure que les autres communautés ? C’est une vocation, un chemin parmi d’autres dans l’Église du Christ. Et puisque j’ai pu la connaître de l’intérieur, je dirai que c’est une belle vocation qui a creusé en moi la soif de Dieu et l’amour de sa Parole. Et je comprends trop bien que l’on peut être fier et aimer sa communauté, avoir cet orgueil de trouver sa perle précieuse. Quant au contenu de cette vocation, comme la place de la Vierge Mane à Bethléem, je suis souvent consternée d’entendre des bêtises à ce sujet. Je déplore seulement la pauvreté de ceux qui s’attaquent à la foi et à la dévotion mariale de Bethléem sans vraiment la comprendre ou sans le vouloir. Pour ce qui est des paroles de la voyante, j’ai aussi reçu un message, mais je n’ai jamais prêté foi à cette histoire. Dans tous les cas pas à la lettre !

Une autre histoire me tient particulièrement à cœur, celle de sœur Myriah, une autre polonaise. Il s’avère que nous étions très proches avant de connaître Bethléem où nous sommes entrées ensemble. Elle était ma meilleure amie et comme une sœur. Je pleure toujours sa disparition, je pleure toujours sur ce qui lui est arrivé. Et il est pour moi insupportable de voir quelqu’un se servir de cette tragédie.

Les descriptions faites par Fabio de ses souffrances et de sa mort sont choquantes et insupportables. On se sent meurtrit une seconde fois. Les mots me manquent… Les images atroces hantent ma mémoire. Je n’ose même pas imaginer comment sa propre mère puisse recevoir un tel « témoignage » !

Le mystère de chacun, de sa vie, de sa souffrance, on doit pourtant l’approcher avec un énorme respect, car personne ne peut les connaître avec certitude. J’appelle au RESPECT de la personne de sr Myriah, de son nom, de sa famille et de tous ceux qui l’ont aimée. Tout cela tait beaucoup de mal !

En terminant ma lettre, je voudrais exprimer une autre conviction, celle de l’amour. Selon moi, seul l’Amour sauvera le monde. Seul l’Amour peut combler le cœur humain. Seul l’Amour peut pardonner.

Ici, en demandant pardon et en pardonnant, en rendant grâce et hommage à toutes les personnes croisées à Bethléem et ailleurs, de ce que je suis devenue, de ce qu’est ma vie avec ses joies et ses peines, j’affirme que j’ai plus reçu que ce que j’ai pu donner.

Elwira K.

« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » Jn 13,34-35

Partager cet article

Repost 0