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Venez et Voyez !

Une réaction à la parution de l'article sur les Petits Soeurs de Béthléem dans le journal La Croix

28 Juin 2015 , Rédigé par Charles Publié dans #Média

Une réaction à la parution de l'article sur les Petits Soeurs de Béthléem dans le journal La Croix

Merci de nous avoir fait part de l’article paru récemment dans « La Croix », concernant votre ordre des Petites Soeurs de Bethléem. Nous n’étions pas au courant car nous ne lisons pas « La Croix », journal un peu trop « du monde » pour nous. Et je dois dire que nous avons été surpris sans l’être tout à fait.

En effet, cet article donne deux sons de cloche différents et qui me semble quelque peu contradictoires. D’une part, il rend témoignage à la qualité de votre accueil et aussi de ce que peuvent ressentir beaucoup d’entre vous : « Je ne me suis jamais sentie autant moi-­‐même qu’à Bethléem ». D’autre part, il met en cause la « gouvernance » de l’ordre, vous taxant d’un autoritarisme qui contraindrait les esprits plutôt que de les laisser grandir dans la foi. On ne peut alors que se demander comment tant de bien peut ressortir d’un système aussi verrouillé et de cœurs aussi brimés. Et comme le rapporte l’article, « Le fossé semble immense entre ce qui est reproché à la communauté et la sérénité rayonnante que manifestent les Petites Sœurs ». Cela n’est pas compatible.

Si la vie est un combat entre le bien et le mal, entre le Christ et Satan, ce que je crois, force est de constater que Satan ne porte de pierre qu’à l’arbre chargé de fruits. Les tièdes, les indifférents, les suiveurs, qui plus est, les lâches, ne sont pas très tourmentés à notre époque. Leur vie ressemble à un long fleuve tranquille où rien de saillant ne survient jamais. Satan a peu à craindre de ces gens-­‐là. Par contre, une congrégation qui recrute activement depuis 40 ans, dont les membres sont, pour beaucoup, « jeunes, belles, débordantes d’attentions et rayonnantes sous leur guimpe blanche », qui, de plus, donne à ses visiteurs « le sentiment d’entrer dans une bulle d’amour où les moindres détails du quotidien, du mobilier aux repas, font l’objet de mille attentions », -­‐ ce à quoi je souscris tout à fait car, comme tu le sais, lors de notre passage à Bet Gemal, à Noël 2011, c’est exactement ce que nous avons tous ressentis et dont nous vivons encore -­‐ voilà de quoi contrarier le prince de ce monde… Ce n’est donc pas très étonnant qu’il s’en prenne à vous. J’y verrai plutôt une reconnaissance de sa part que vous êtes les fidèles et efficaces serviteurs du Bon Dieu.

Quant aux critiques des sœurs qui ont quitté le monastère, « la plupart des anciens membres interrogés pointent une pression dans le discernement, une rupture excessive avec l’extérieur, une culture de culpabilité, une centralisation des pouvoirs dans les mains de la prieure générale, l’absence de réelles élections au niveau local et une pensée unique qui n’autorise aucun recul… », elles laissent un peu dubitatif. Sans vouloir minimiser leur réalité car nul ne connait la vérité des cœurs, on ne peut qu’être frappé par leur similitudes avec les critiques récurrentes d’une certaine mouvance progressiste de l’église postconciliaire, pour laquelle l’Eglise est trop autoritaire, ne permet aucun dialogue, est hermétique à tout esprit démocratique. Ces gens oublient simplement que l’Eglise est d’institution divine et que ceux qui sont appelés à la servir, malgré toutes leurs faiblesses humaines, sont des privilégiés, élus de Dieu, pour accomplir Sa volonté et non la leur.

Cela me rappelle une rencontre que j’ai faite en 1980, au pèlerinage de Czestochowa, en Pologne. Nous formions un groupe très sympathique où tout le monde était à peu près sur la même longueur d’onde. Vivre ces 12 jours de marche nous avait rapprochés et nous nous sentions vraiment bien ensemble. Pourtant, une jeune fille, de 22-­‐23 ans ne parvenait pas à s’intégrer complètement. Elle nous a expliqué, un jour, avoir eu une expérience malheureuse en pensant avoir la vocation pour rentrer chez les petites sœurs de Calcutta de Mère Térésa. Elle avait passé plusieurs mois comme postulante puis avait quitté la congrégation. Or, les arguments qu’elle évoquait pour expliquer ce départ étaient exactement les mêmes que ceux prêtés à vos anciens membres dans l’article de La Croix : autoritarisme, manque de liberté, impression qu’on voulait la faire rentrer de force dans un moule, calculs, manque de grandeur d’âme… Bref, elle a quitté cet ordre qui a fait tant de bien dans le monde entier car elle trouvait la règle trop pénible. De cela, on ne peut lui en tenir rigueur mais sa réaction, en complet décalage avec la réalité bienfaisante de cet ordre des petites sœurs de Calcutta, donnait nettement l’impression qu’elle avait de la rancœur vis-­‐à-­‐vis de cet ordre car la barre était trop haute pour elle et qu’elle n’a pas pu être partie prenante de cette aventure magnifique.

Je pense en réalité, que votre ordre, tout comme celui des Petites Soeurs de Calcutta, est très exigent et qu’il demande beaucoup de sacrifices et de force à ses membres. Pour tenir et pour répondre à votre vocation, il vous faut devenir de plus en plus des instruments dans la main de Dieu. Et qu’il n’est pas possible d’être un instrument docile et efficace si vous voulez agir par vous-­‐même. Et donc qu’il vous faut renoncer à vous-­‐même et devenir des modèles d’humilité qui vivent toujours plus pleinement cette parole du Christ «que Ta volonté soit faite et non la mienne».

On peut comprendre, alors, qu’une personne qui n’est pas mûre pour renoncer à elle-­‐même ait l’impression qu’on la force « peu à peu à abandonner ses pensées propres pour se laisser habiter par celles de la Vierge Marie, à qui elle obéit à travers la figure de sa prieure ». N’étant pas capable de donner, elle a l’impression qu’on veut prendre et ne le supporte pas.

D’où, peut-­‐être, ces réactions disproportionnées… qui, accumulées dans un esprit malveillant, peuvent laisser penser, artificiellement, que les responsables de l’ordre sont quelque peu autoritaires. Il y a là, me semble-­‐t-­‐il, une exploitation malhonnête de difficultés inhérentes à la découverte et à l’approfondissement des vocations personnelles de chaque postulante. Le « mois évangélique » doit permettre de discerner la réalité de beaucoup de vocations mais n’est pas forcément infaillible, et la vérité d’un jour peut ne pas être celle du lendemain.

On ressent donc un certain malaise qu’un journal catholique, donc à priori favorable au développement des ordres monastiques et des vocations religieuses, puisse donner l’impression que « le ver est dans le fruit ». Même si, plus loin dans l’article, la journaliste précise que « parmi celles qui sont sorties, un certain nombre témoigne d’une « grande liberté ». Ainsi Marie-­‐Caroline, entrée à Bethléem à 20 ans, aujourd’hui mariée et mère de trois enfants : « En douze ans, je n’ai jamais senti de volonté de manipulation ou de séduction, mais un vrai désir de ressembler au Christ. Sœur Isabelle, la prieure générale, a été extraordinaire pour m’accompagner dans mon départ. », le doute est insinué et le mal est fait.

C’est, tout simplement, un contre-­‐témoignage, qui découle aussi, probablement, d’une certaine malhonnêteté intellectuelle comme le suggère le titre de l’article qui laisse à penser que la visite canonique est déjà une sanction alors que c’est vous qui l’avez sollicitée. Il y a là tout un ensemble de procédés journalistiques de désinformation qui sont habituels dans la presse actuelle mais dont on peut regretter qu’ils émanent d’un journal catholique qui devrait être des vecteurs de vérité et non de l’esprit du monde.

Aussi pénible soit cette situation pour vous, je pense que la visite canonique vous rendra justice et que tout le Bien que vous faites sera rétabli. Vous en sortirez grandies et renforcées.

Voilà ce dont je voulais te faire part pour vous témoigner de notre soutien complet dans cette épreuve et vous redire que tous les bienfaits que nous avons ressentis lors de notre passage à Bet Gemal, ne peuvent provenir que d’une oeuvre de Dieu.

« Que Dieu nous donne aujourd’hui notre pain de ce jour afin que fassions sa volonté et ce qu’Il attend de nous »

Charles

nb : pour ceux qui n'auraient pas lu l'article de la Croix, il est ici :

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Les-saeurs-de-Bethleem-sous-le-coup-d-une-visite-canonique-2015-06-08-1321051

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