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Venez et Voyez !

J’aspire à boire à cette source toujours davantage !

19 Décembre 2015 , Rédigé par Le Collectif Sans Décor

J’aspire à boire à cette source toujours davantage !

J’ai eu connaissance récemment de la commission apostolique concernant les sœurs de Bethléem. Je souhaite leur donner mon témoignage si besoin ou tout au moins partager mon vécu auprès de Bethléem.

J’ai participé à deux mois évangéliques, j’ai par trois fois envisagée sérieusement d’intégrer une école de vie. J’ai fait plusieurs retraites de quelques jours au monastère de Paris. J’ai par deux fois été accueilli un mois toujours au monastère de Paris. Je participe fréquemment aux Offices du monastère de Paris. La prieure de Paris m’a accompagné spirituellement quelques temps à ma demande (un an et demi environ). J’ai dernièrement été deux mois volontaire au monastère de Deir Rafat.

Ce que je retiens de Bethléem : une vraie découverte et apprentissage de ma dignité, de ma personne dans une relation unique à Jésus et l’apprivoisement de ma liberté.

J’ai appris que nous sommes tous choisis, uniques, appelés par la Vierge, quelques soient nos chemins. Que l’Amour de Dieu est gratuit et inconditionnel, qu’Il nous aime tels que nous sommes. Je ne l’ai pas seulement appris, mais vécu dans mon humanité la plus profonde, au travers le regard de mes sœurs et dans la vie de prière et d’adoration, au contact intime de Jésus et de Marie. J’ai appris ainsi à mieux me connaître en vérité et donc à vivre davantage en vérité. J’ai découvert également « la Prière de Jésus » qui m’habite maintenant, et je ne cesse d’inviter mes proches à entrer dans cette prière du cœur.

Pour me re situer dans mon contexte familial et historique : j’ai grandi, de ma naissance à mes 24 ans, dans un groupe sectaire tenu par un prêtre des Yvelines : le Père B. S. décédé à ce jour et enterré à Versailles. Ce prêtre et son mouvement avaient été accusés à juste titre, de manipulation mentale, d’abus sexuels et de dérive sectaire. Il est décédé juste avant son procès aux Assises. Je suis une des principales enfants victimes de ce prêtre, qui a donc été coupable sur moi de viol physique, psychique, affectif et spirituel.

J’ai d’abord été aidé par la communauté saint Jean et par un moine bénédictin de Flavigny (en Bourgogne) à sortir de ce mouvement sectaire, auquel mes parents demeurent encore fidèles à ce jour. Un laïc se revendiquant prêtre et évêque est depuis à la tête de ce groupe. Il semble cependant que leurs activités soient devenues quasi nulles à ce jour. Je continue de porter chaque jour les conséquences de tout le mal vécu et subi auprès de ces personnes, éloignement familial, fragilités psychologiques multiples, relation à Dieu blessée par la spiritualité de cette secte qui prêchait un mélange de vrai et de faux, de bien et de mal où la part des chose m’a été très longue et difficile à faire. La pratique d’exorcisme était la base de la prière, la présence du diable observé par tout et en tous. Ce groupe était censé détenir à lui seul la vérité réservée à des privilégiés de Dieu. La Volonté de Dieu passait par le « charisme » de son gourou qui disait avoir des lumières spirituelles ou même des visions. Il utilisait la radiesthésie et l’astrologie. Les pratiques dites exorcisantes frôlaient l’ésotérisme. Les exorcismes s’accompagnaient le plus souvent d’attouchements sexuels. Le gourou exerçait une emprise affective totale. Très paternaliste, sa parole valait parole d’évangile. Il a créé parmi ses adeptes une aliénation spirituelle par manipulation, chantage affectif, menace de possession, de damnation éternelle, d’exclusion…

Il y aurait encore beaucoup à dire. Cependant cette brève description vous donne un aperçu de ce qui a été mon lieu de vie de ma naissance à 24 ans.

Cette expérience dans cette secte m’a rendue très sensible à l’abus d’autorité et à la manipulation. Je connais ma fragilité à me laisser rependre dans ce type de schéma, mais j’en connais maintenant assez les rouages pour savoir, si c’est moi qui crée ce schéma par fragilité psychologique envers toutes les personnes à qui je donne ma confiance, ou si c’est une réelle manipulation perverse et destructive d’une personne mal intentionnée.

C’est à Bethléem que j’ai appris à retrouver mon autonomie de pensée et ma liberté (d’autres personnes m’ont aussi guidé sur ce chemin). Rien de ce que j’ai vécu dans cette secte, ne se retrouve dans la vie que j’ai côtoyée de nombreuses fois à Bethléem, tout au contraire.

Les sœurs, dont sœur Isabelle, sœur E. et sœur P. m’ont constamment renvoyé à ma conscience, ma liberté profonde. Les sœurs n’ont cessé de me décentrer d’un questionnement vocationnel (la vocation ayant été discernée pour moi par le prêtre de la secte de mes parents alors que j’avais 11 ans, cette question m’a longtemps été très difficile à aborder en liberté. J’avais été trois ans « liée » par des vœux privés au sein de cette secte, uniquement parce que la Vierge aurait dit au gourou que c’était la volonté de Dieu, sans discernement ni implication responsable de ma part.

Elles m’ont toujours invité à vivre tout simplement ce à quoi Jésus m‘appelait aujourd’hui. J’ai aussi fait petit à petit, au travers d’épreuves et d’erreurs, l’apprivoisement du réel que j’ai appris à aimer à choisir.

Auprès des sœurs j’ai toujours trouvé écoute, bienveillance et soutien. Mais jamais d’emprise, de séduction, de chantage, de culpabilisation… ce que j’ai trop bien connu dans mon enfance. Avec les sœurs, c’était tout le contraire.

Bethléem est pour moi le lieu de la joie et de l’amour. Tout ce que j’ai découvert au mois évangélique est devenu la base de ma vie spirituelle. C’est d’une richesse éblouissante, inégalable. Jamais ailleurs, je n’ai entendu de si belles et profondes choses sur Dieu. Je m’en inspire quotidiennement dans ma vie dans le monde. Et j’espère qu’un jour le monde entier pourra en profiter.

Il y a deux ans, je me suis retrouvée dans une profonde détresse psychologique en lien avec tout mon vécu familial. Le monastère de Paris m’a été d’un immense soutien. J’ai demandé à y être accueilli durant un an, car c’était le seul lieu qui me semblait apaisant face à ma détresse. J’y ai donc été accueilli avec une grande bienveillance, et un grand respect pour ma douleur présente. Les sœurs m’ont laissé une entière liberté, elles on été pour moi une présence chaleureuse et réconfortante. Elles m’ont infiniment donné… sans rien demander en retour, sans morale, sans exigence d’aucune sorte. A cette période, sans Bethléem, je me serai suicidé j’en suis sûre.

Les sœurs m’ont également encouragé et aidé à me faire aider et soigner par un psychiatre que je vois encore maintenant.

Je me considère comme une enfant de Bethléem. Auprès des sœurs, j’ai reçu un peu de cette vie qui m’avait été volé dans ma famille.

A l’automne, hiver 2014, j’ai passé deux mois à Deir Rafat comme volontaire. J’ai pu y découvrir la pauvre humanité des sœurs, semblables à moi avec leurs faiblesses et leur beauté propre. J’y ai découvert que tout n’est pas rose à Bethléem et que j’avais une image un peu idéalisée de cette communauté.

Cependant je ne les aime que plus, car j’ai vu que ces femmes ordinaires étaient cependant miroir de l’Invisible, de l’Amour de Jésus. Quelle espérance pour le monde !

Sœur E., après ma demande d’entrer en école de vie et face à mes questionnements et incertitudes, m’a proposé à la place de rentrer en France pour prendre le temps de découvrir davantage ma liberté profonde. Elle m’a indiqué le chemin de mon cœur profond, là où l’Esprit me parle seule à seule et seule voix à qui je dois obéissance. Chemin d’intimité que je continue à découvrir jour après jour, émerveillée de la joie et de la liberté que je découvre par ce chemin. Sœur Emmanuel, merci infiniment pour ces conseils qui éclairent chaque jour ma route et me rendent à moi-même… et donc à Jésus.

Je chemine donc sur la voix de la liberté intérieure grâce à tout ce que j’ai vécu et reçu chez les sœurs.

Depuis mon retour en France je n’ai que peu l’occasion de participer à des offices chez les sœurs de Paris (ou d’ailleurs) ce qui ne m’empêche pas de rester unie à mes sœurs par la prière.

Je sais que les sœurs prient pour moi. Je sais qu’elles respectent infiniment mon chemin intérieur, qui, dernièrement, s’est fait plus loin d’elles.

Les sœurs m’ont également aidé financièrement dans des moments de grande précarité.

Si je suis partie comme volontaire à Deir Rafat, c’est que je savais que la seule communauté que je connaisse, avec qui je puisse être en totale liberté, (y aller le temps que je choisisse, selon la forme qui me convient le mieux, sans jugement, ni pression, ni contrainte, ni culpabilité...) c’est Bethléem.

La première fois que j’ai voulu intégrer l’école de vie des Monts Voirons (il y a 3 ans), j’ai tout de suite fait part à sœur Isabelle, au cours du mois évangélique, de mon incapacité de faire des vœux d’obéissance au vu de ce que j’avais vécu dans mon milieu sectaire où l’obéissance m’avait tant aliénée et privée de ma liberté la plus fondamentale.

Sœur Isabelle m’a répondu que mon attitude inquiète était la bonne et évitait les déviances Elle m’a alors expliqué que l’obéissance consistait à écouter ensemble, (elle ou une responsable et moi-même) l’Esprit Saint et à ensemble, trouver la Volonté de Dieu. Mais jamais qu’on imposait une volonté dans un sens unique. C’est ce que j’ai ensuite toujours vécu dans les divers moments passés auprès de la communauté. Nulle part ailleurs dans l’Église, je n’ai vécu une telle confiance en ma liberté de la part de ceux qui m’accompagnent ou me guidaient.

Sœur P., en écoutant mes angoisses et l’idée d’entrer en école de vie, m’a invité à ne pas concrétiser cette démarche « car Dieu nous veut libre et dans la joie » a été sa réponse. Elle était soucieuse de prendre en compte cette angoisse et de me respecter dans mes limites du moment.

A chaque fois ensuite que je lui parlais de venir en école de vie, elle me parlait de la beauté du mariage, m’invitant à réfléchir sur le lieu du plus grand bonheur pour moi. Jamais elle ne m’a appuyé ou n’a insisté pour la vie religieuse. Elle m’a incité à descendre plus profond en moi, pour mieux découvrir ce qui m’était le meilleur.

Lorsque je rencontre des amis qui ne me donnent pas le droit de la vraie liberté intérieure par peur de culpabilité, je leur parle de ce que j’ai vu ou entendu à Bethléem et je les invite à rencontrer une sœur pour les aider davantage à découvrir leur liberté.

J’ai questionné sœur P. en octobre 2014 sur les diverses accusations contre la communauté, que j’avais pu lire sur internet, Elle m’a parlé ouvertement et avec humilité des erreurs, du cheminement, du tâtonnement, d’idéalisation, de manque de maturité de la communauté, de fascination abusive pour une personne les ayant ensuite mal guidé. Tout cela ayant blessé certains, mais chemin où Dieu a percé pour conduire cette communauté.

Je pense, que tout n’est pas rose à Bethléem, ni parfait. Que des erreurs ont pu être commises (je ne garde pas non plus tous les conseils reçus car je les réajuste à ma réalité) car l’être humain est ainsi fait qu’il doit sans cesse être sauvé, purifié, et que le chemin est toujours à découvrir davantage.

Mais Bethléem est pour moi une famille spirituelle qui me propulse dans ma foi. J’ai beaucoup reçu dans cette communauté et je souhaite en rester proche et intime et les soutenir dans leurs difficultés.

Je sais que ce système communautaire faites de personnalités influentes peuvent, sur des esprits fragiles et blessés, être source de nouvelles blessures. Je sais, qu’au vu de mon vécu personnel et de l’habitus qu’a pris mon psychisme et mon affectivité de faire une confiance aveugle à ceux qui ont autorité spirituelles sur moi, vivre au sein de la communauté risquerait de réenclencher cela et donc ferait vivre l’autorité comme abusive et manipulatrice. Non pas qu’elle le soit, car j’en connais la justesse et la bienveillance, mais parce que je suis ainsi fragilisée, que je place moi-même ceux qui me conduisent, dans cette « case » et ne me donnant plus la liberté intérieure, l’absolu que je place en leur parole serait destructeur pour moi. Je pense donc (à titre personnel) que ce type d’organisation communautaire est une force pour grand nombre de frères et de sœurs car tout se fait dans une bienveillance manifeste, mais serait fragilisant voire destructeur sur des âmes blessées telle la mienne.

Je pense également que si une personne mauvaise arrivait à la responsabilité de prieure, elle pourrait faire un mal infini facilement et avec peu de moyens de défense pour les sœurs sous son autorité.

Heureusement je n’ai jamais vu cela parmi les sœurs, tout au contraire.

La dernière fois que j’ai croisé sœur Isabelle, c’était devant la porte de Bet Gemal début janvier 2015. Je lui ai fait part de mon besoin de pouvoir m’ouvrir à divers regards, extérieurs à la communauté.Elle m’a répondu qu’aux yeux de Dieu, il n’y avait rien de plus précieux que ma liberté et que je devais tout faire pour en vivre. Ces paroles me restent très précieuses.

A Bethléem, j’ai aussi appris à accueillir chacun comme le trésor de Jésus, à aimer celui qui se présente à moi.

J’ai aussi appris à m’ouvrir à l’œcuménisme et à découvrir des auteurs protestants et orthodoxes. Cela me donne aujourd’hui une grande ouverture spirituelle très appréciable.

Leur choix de radicalité vis à vis de l’adoration et de l’évangile est ce que je souhaite maintenant dans ma vie. Je ne pense pas être appelée à la vie monastique, au vu de mes fragilités, mais ce que j’y ai découvert et ce que j’y ai reçu, j’essaie d’en vivre dans le monde au sein de mon cœur.

Jamais aucun jugement dans mes choix n’a été fait par les sœurs vis à vis de moi. Mais toujours un grand respect, une gravité, une confiance, dans mes choix et discernements propres.

Il y a une beauté de Dieu, de son Amour, de sa Joie, qui pour moi se dévoile au travers de cette communauté. J’aspire à boire à cette source toujours davantage.

Mes prières les accompagnent, pour que leur beauté soit préservée et que Jésus puisse toujours plus être dévoilé au monde par leur vie silencieuse.

Je prie aussi pour tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre ont été blessé dans cette communauté.

Merci à sœur Isabelle, à sœur E., à sœur P. et à toutes les sœurs de Deir Rafat pour leur amour, leurs prières et leur accueil inconditionnel.

Dieu vous bénisse et vous garde.

Céline C.

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