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Venez et Voyez !

Complément de réponse au texte diffusé par Fabio Barbero

Rédigé par Frère Silouane Publié dans #Textes de référence

Introduction

Notre Famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de saint Bruno est consacrée à l’Amour Absolu de Dieu pour Le recevoir et L’incarner en ses deux commandements par l’offrande de nos vies, à la manière de la Vierge Marie, dans la tradition reçue de saint Bruno.

Conscients de nos limites, de nos imperfections et des tâtonnements inhérents à toute fondation dans l’Église, nous sommes conscients du chemin qui est encore à parcourir pour correspondre à cet appel.

Une communauté religieuse ressemble à une famille dont chaque membre découvre, avec le temps, les beautés et les pauvretés, les progrès et les échecs. Comme dans toute famille, chaque membre peut en devenir progressivement responsable et activement solidaire ou bien – pour des raisons diverses au cours des étapes de sa vie – se positionner dans un retrait critique voire une rupture. Cela relève de la liberté de chacun et des choix de sa vie adulte.

Nos anciens frères et sœurs qui nous accusent et nous remettent en cause expriment par le fait même ces choix de leur vie adulte tissés d’histoires souvent douloureuses, et nous respectons le mystère de leurs personnes.

Mais qu’il nous soit donné à nous aussi d’exprimer nos choix et d’être respectés dans notre libre détermination à suivre le Christ selon la tradition des moines chrétiens des premiers siècles, participant à la construction de l’Unique Corps du Christ dans la pluralité de ses charismes, et désirant comme tout chrétien nous laisser éclairer par cette lumière qui n’est pas de ce monde et devenir serviteurs d’un Royaume qui n’est pas d’ici.

Dans une première réponse(1) au texte diffusé par Fabio Barbero, très limitée par les dimensions d’un “Droit de réponse”, nous avons surtout cherché à dévoiler des éléments fondamentaux restés occultés. Nous voudrions ici tenter, autant qu’il est possible, de donner des éléments de réponse aux accusations qui nous sont faites, en dénonçant aussi les mensonges et les confusions dont ce texte est malheureusement rempli. Ces éléments de réponse se réfèrent et sont évidemment sous-tendus par l’esprit de cette tradition monastique évangélique et, de ce fait, ne sont pas toujours immédiatement accessibles à ceux qui n’en ont pas l’appel. C’est pourquoi nous mendions de la part du lecteur une attitude de respect et un effort de compréhension.

« Il serait tragique qu’un moine fit un exposé clair, précis, facilement compréhensible de sa vie monastique, de sa vocation d’homme caché en Dieu. Car cela signifierait qu’il croit, à tort, comprendre le mystère de sa vocation. Toute la substance de la vie monastique est donc enfouie dans le silence ». Thomas Merton

Que devient le mystère de la vie monastique présente dans l’Église depuis seize siècles, si elle n’est soumise qu’aux critiques de la libre-pensée qui imprègne la pensée contemporaine, sans respect pour l’aventure de la foi et la radicalité de la vocation contemplative ?

(1) : On trouvera le texte de cette première réponse en annexe à la fin.

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La comparaison entre les camps nazis et les monastères de Bethléem que Fabio Barbero mentionne au début de son texte, comparaison particulièrement offensante pour nos frères Juifs et pour nous-mêmes, n’est-elle pas signe d’une profonde erreur de jugement à la base de tout ce document ?

Ne nous permet-elle pas de saisir le décalage de regard entre celui qui a choisi d’offrir sa volonté libre à l’appel du Christ et celui qui subit les moyens propres à cette vie monastique comme des entraves majeures à l’accomplissement de sa personnalité ?

Si les moines et les moniales étaient tels qu’ils sont décrits par Fabio Barbero, qui d’entre eux pourrait tenir dans une telle vie où Celui qui appelle, le Christ, semble absent et où le mystère de l’Église n’apparaît pas non plus ?

1. Les relations des monastères avec l’Église

Nos vies sont offertes à Dieu et à l’Église indissociablement, dans l’unique Corps du Christ. Chaque monastère a des relations propres avec son évêque et son diocèse. Sœur Marie, frère Silouane et sœur Isabelle ont toujours manifesté une obéissance sans réserve au Saint-Père et à ses délégués, quoi qu’il puisse en coûter, et c’est bien normal pour des fils et des filles de l’Église.

La Famille monastique de Bethléem est un lieu d’Église. Prêtres, évêques, cardinaux, ainsi que de nombreux laïcs engagés dans l’Église viennent souvent en retraite dans les monastères et partagent le silence et la prière des moines et des moniales.

Nous avons à cœur d’être appelés par l’Église pour la fondation d’un monastère. Jamais nous ne faisons une fondation sans être appelés par l’évêque. Et même certains monastères comme celui de Paris, du Thoronet, de la Laure Netofa, de Chypre, de Deir Rafât, n’existent aujourd’hui que comme une réponse concrète à une demande impérative de la part de l’Église et pour son service, par la voix de ses pasteurs. Ces relations de confiance avec nos évêques et l’Église locale contribuent à fonder notre vie au cœur de l’Église. C’est toujours une source de joie et de stabilité pour nos monastères.

Au gré des nécessités, frère Silouane, sœur Isabelle et leurs Conseils ont des rencontres avec les Congrégations romaines – et en particulier avec la Congrégation des Religieux – où nous avons trouvé aide, soutien et réconfort à maintes reprises. Nous sommes accueillis dans une écoute attentive et bienveillante. Nous pouvons exprimer en toute liberté ce que l’Esprit Saint dit à nos cœurs et recevoir de l’autorité de l’Église de nombreuses confirmations de notre vocation au désert ainsi que la lumière sur ce qui peut être amélioré dans notre Famille monastique.

Le Cardinal Errazuriz, archevêque émérite du diocèse de Santiago du Chili et qui a été Secrétaire (c’est-à-dire le “numéro 2”) de la Congrégation des Religieux (1990-1996) a été le responsable des travaux relatifs à l’érection canonique pontificale de la Famille monastique de Bethléem. Il a donc très bien connu sœur Marie, pour laquelle il nourrit une profonde estime, et bien évidemment se porte garant jusqu’à ce jour de notre érection canonique. Le Cardinal Errazuriz fait partie aujourd’hui du “Conseil des neuf” cardinaux qui sont les plus proches collaborateurs de notre Pape François.

Que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi (Phil 2, 3)

Il faut noter qu’après le Concile Vatican II, à l’heure où de nombreuses communautés religieuses ont connu des bouleversements parfois dramatiques, les moniales de Bethléem dans leur fragilité ont éprouvé la nécessité de préserver leur identité monastique encore jaillissante. En recevant l’invitation pressante du Concile Vatican II d’accéder aux richesses spirituelles des Pères Orientaux, elles ont puisé à la sève des traditions monastiques tant orientales qu’occidentales.

Aujourd’hui encore nous aimons nous référer avec reconnaissance à nos frères aînés les Chartreux et à des moines cisterciens, bénédictins, ou à des moines orientaux, qui sont de fidèles amis. Les affirmations de Fabio Barbero sur le sentiment de supériorité à Bethléem sont malveillantes. Nous ne sommes pas indemnes d’orgueil ni de recherche immature de sécurité dans une certaine excellence, car nous sommes des pécheurs, mais l’identité de notre Famille monastique et de chacun ne se trouve que dans la découverte toujours actuelle du Christ pauvre et humble, miséricordieux et patient.

2. La place de la Vierge Marie à Bethléem

La maternité de grâce de la Vierge Marie reçue de Jésus en croix : « Voici ta mère », est un mystère de foi et n’a évidemment rien à voir avec un secret ésotérique ou initiatique. Dans une communauté fondée le jour de la promulgation du dogme de l’Assomption de Marie en son corps et en son âme dans la gloire des Trois Personnes divines, le 1er novembre 1950, la personne et le rôle de la Vierge Marie dans le Dessein de salut sont accueillis comme une réalité vivante et actuelle, en fidélité à l’enseignement de l’Église. Depuis des dizaines d’années toutes les publications présentant Bethléem exposent en toute clarté cette origine spirituelle et ecclésiale de notre Famille.

Notre action de grâce est grande de reconnaître ensemble, en Marie, Celle qui nous fonde et nous précède dans la vie de Lumière et d’Amour des Trois Personnes divines.

La relation personnelle de chaque membre de Bethléem à la Vierge Marie est unique et relève de sa liberté profonde. Comme toute réalité de la vie spirituelle, elle connaît des purifications. La vie avec Marie n’est en tout cas pas une disparition mais une relation. La finalité de la vie avec la Vierge est d’être aidé à être en relation avec le Christ. Il n’y a aucune relation s’il y a fusion ou disparition.

La Vierge Marie, coopère toujours à l’œuvre de Dieu, pour que ses enfants deviennent toujours plus ressemblants au Christ, dans la liberté des enfants de Dieu, sans jamais détruire leur identité propre. La consécration à Dieu par la Vierge Marie est une tradition si établie dans l’Église qu’argumenter pour la justifier n’a pas de sens. Nos derniers papes récemment canonisés, béatifiés ou en voie de l’être, nous en offrent de multiples témoignages et enseignements. Par exemple, voici une prière de saint Jean-Paul II, pour la fête de l’Immaculée Conception :

« Ô Immaculée Conception, ma Mère,

vis en moi, agis en moi, parle à travers moi, mets tes pensées dans mon esprit,

aime à travers mon cœur, donne-moi tes dispositions, donne-moi tes sentiments,

enseigne-moi, conduis-moi à Jésus,

corrige-moi, illumine-moi, élargis mon esprit et mon comportement.

Prends possession de mon âme, prends possession de ma personnalité,

prends possession de ma vie tout entière.

Ô Immaculée Conception, ma Mère, vis en moi, incline mon cœur vers l’adoration et l’action de grâce perpétuelles.

Ô Immaculée Conception, ma Mère, prie en moi et à travers moi,

permets que je vive en toi et garde-moi toujours dans cette union.

Amen. »

Cette consécration réclame, comme le montrent nos saints papes, une mise en état de relation continuelle avec elle, et il est toujours possible à cause de nos limites et de nos faiblesses d’en rester avec la Vierge Marie, comme d’ailleurs avec le Christ ou n’importe quelle personne humaine, à un conformisme et de faire de Marie un principe abstrait.

Isoler un élément de la vie – en l’occurrence la relation à la Vierge, qui semble ne pas être une relation à une personne vivante et active, mais à une pseudo-Vierge Marie, comme le fait Fabio Barbero dans son texte – et bâtir toute l’argumentation de ce texte en s’appuyant sur ce seul élément, sans tenir aucun compte de l’ensemble, rend la démonstration inconsistante et s’apparente aux techniques de manipulation.

Il est particulièrement grave et malveillant de la part de Fabio Barbero d’utiliser une réalité et un vocabulaire uniquement réservés au prêtre qui, seul, est « in persona Christi », quand il célèbre l’Eucharistie, pour l’attribuer à une « présence » de la Vierge Marie « dans » la Prieure générale ou « dans » les responsables de la communauté. Accuser la Famille de Bethléem d’une telle hérésie à est particulièrement infamant.

La Vierge Marie n’est pas « TOUT » pour un moine de Bethléem. Dans les textes de notre Règle de vie, quand la Vierge Marie est mentionnée, il est aussi fait mention du Christ auquel elle est relative. Par exemple, l’Assomption de la Vierge Marie est toujours référée à l’Ascension du Christ.

Cette suspicion caricaturale et cette offense faite à la bonté maternelle de la Vierge Marie infligent une blessure douloureuse pour l’Église, pour tous les croyants et pour notre Famille de Bethléem qui se reçoit d’Elle.

3. Où sont les secrets ?

Aucun des points présentés et « révélés » dans le document de Fabio Barbero comme « secrets majeurs » et « secrets mineurs » ne sont en réalité des secrets. Il semble inutile d’entrer dans tous les détails. Vivre à deux niveaux, un niveau apparent et un niveau secret ? Une telle duplicité ne correspond ni à la réalité du gouvernement de Bethléem ni à la pratique de ses membres.

Le Saint-Sacrement

Seuls les profès qui le demandent peuvent recevoir la grâce d’accueillir le Saint-Sacrement dans l’oratoire de leur cellule, à condition que celui-ci corresponde aux normes canoniques de notre Règle de vie.

Le départ des frères et des sœurs

Le départ d’un frère ou d’une sœur n’est pas toujours annoncé à la communauté, mais plutôt personnellement. Certains souhaitent rencontrer la communauté, d’autres partir en silence, en toute discrétion. Peut-être n’avons-nous pas toujours fait le bon choix. Nous voulons écouter davantage la volonté aimante de Dieu pour chaque personne en cette étape, parfois douloureuse de sa vie, en nous souvenant que notre Père céleste sait ce dont chacun a besoin. Aujourd’hui, une grande majorité des frères et des sœurs sortis de Bethléem sont en contact avec les monastères, aidés, suivis selon leurs demandes (accompagnement spirituel, qualification professionnelle, études, soutien financier conséquent). Nombreux sont ceux qui viennent librement participer à la vie et aux liturgies des monastères.

L’information

Tous les membres de Bethléem ont à cœur, pour incarner leur prière d’intercession, de connaître les joies et les souffrances de l’Église et de tous les peuples. Le dimanche, les nouvelles du monde sont accessibles à tous ceux qui le souhaitent dans l’esprit de “l’information au désert” : à travers l’Osservatore Romano, la Documentation Catholique, l’AED, Zenit, des articles de Famille Chrétienne, de La Croix, etc. Au chapitre ou à la rencontre fraternelle du dimanche, les événements les plus importants sont partagés à toute la communauté. Dans la vie monastique, il n’est pas nécessaire de connaître le quotidien de l’information. Avec du recul, l’essentiel apparaît davantage.

L’usage du pendule

Fabio Barbero se sert d’une erreur commise pour insinuer que des pratiques ésotériques à des fins malsaines ont cours à Bethléem. La réalité est tout autre : dans les années 1970, un médecin spécialisé en médecine naturelle avait soigné avec succès une sœur et utilisait le pendule pour repérer les médicaments les plus adaptés. Un théologien consulté sur cette pratique n’y voyait qu’un moyen humain et naturel, qui pouvait être utilisé à condition que l’intention soit droite. Quelques sœurs infirmières ont utilisé le pendule pour vérifier le dosage de médicaments bénins. Des membres des communautés charismatiques nous ont mis en garde contre cette pratique. Il y a longtemps que l’usage du pendule a été exclu de tous les monastères.

Le régime alimentaire

Ce régime est dans le domaine public, on peut le consulter dans le livre de Désir-Poyet : « Nous sommes ce que nous mangeons ». C’est un régime alimentaire classique, adapté à la vie au désert.

L’architecture

On trouve des architectures et des coutumes propres à chaque famille monastique, qui correspondent à une manière de vivre, à une tradition (les Cisterciens, les Chartreux, les Camaldules…).

La gestion financière, l’assurance sociale, la construction des monastères

Chaque monastère a une certaine autonomie financière, cependant un service de comptabilité est offert à l’ensemble des monastères, dans un esprit de partage, d’aumône et d’aide de la Maison-Mère.

« Ne vous inquiétez pas du lendemain » (Mt 8,24). Notre gestion financière est d’abord attentive à la priorité évangélique de nos choix. Elle n’a rien à cacher : tous nos comptes en banque sont officiels, les entrées comme les sorties sont justifiées. Un Commissaire aux Comptes a été nommé pour certifier la régularité et la sincérité de notre comptabilité. En 1995 et en 2000, le Fisc français est venu contrôler les comptes d’artisanat des monastères et n’a rien trouvé qui doive être rectifié.

Une rencontre des Économes de tous les Instituts a été tenue à Rome lors du Symposium des 8-9 mars 2014. L’Économe des moniales Bethléem était présente et travaille à mettre en place tout ce que le Pape François a demandé aux communautés religieuses. La TVA est payée fidèlement chaque mois.

Depuis que la loi a rendu la cotisation pour la retraite obligatoire dans le cadre du régime spécifique de la sécurité sociale des cultes, tout a été réglé selon les termes de la loi et de la réglementation de ce régime : d’abord pour les profès et professes, puis pour les novices, et maintenant aussi pour les postulants. Ceci se fait non sans difficulté financière en raison de la charge considérable pour une congrégation qui comporte beaucoup de jeunes.

Notre Famille monastique veille à traiter avec équité ceux de ses membres qui la quittent.

Nous ne voyons pas de quelles « magouilles » nous usons « pour obtenir des traitements de faveur auprès de certains ministères » : les demandes de minoration des cotisations sont faites sur la base d’une grille de ressources fixée par la caisse de retraite elle-même. De même, une distinction claire doit être faite : les jeunes qui font une expérience d’école de vie dans un monastère et les retraitants qui effectuent un travail bénévole de courte durée sont pris en charge par la communauté. Les jeunes qui travaillent à long terme sont déclarés à l’administration publique.

Il est vrai que la construction de monastères dans des lieux où tout est à faire entraîne de lourdes dépenses, assumées par des dons petits ou grands. Des « Compagnons bâtisseurs » qui sont des ouvriers permanents de la communauté, accomplissent une grande partie des travaux. Là où les permis de construire devaient l’être, ils ont été régularisés. Les impôts fonciers sont payés régulièrement. Le budget accordé à la construction est toujours distinct du budget ordinaire. Les deux tiennent compte de notre vœu de pauvreté.

Pour toutes les questions de gestion, nous sommes aidés par des laïcs compétents, dans une relation de transparence dont ils peuvent témoigner. Leur aide nous est indispensable et bien précieuse pour nous conformer aux législations et réglementations de chaque pays (souvent compliquées et changeantes, il faut le reconnaître).

4. L’accompagnement spirituel

La retraite du « mois évangélique »

La retraite du « mois évangélique » est une retraite de trente jours, qui reprend tous les fondements bibliques de la vie chrétienne et situe la vocation monastique en regard de l’appel que tout chrétien reçoit dans son baptême. Les jeunes qui se posent la question d’entrer dans notre communauté et qui désirent discerner leur vocation sont invités à y participer. Les mois évangéliques rassemblent des jeunes originaires de pays différents, venant d’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie.

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis ». Pendant cette retraite, nous écoutons la voix de Dieu qui appelle chacun par son nom. Il s’agit du service du Seigneur et de la personne, et non d’une recherche d’un nombre d’adhérents, comme dans une société civile ! Si des moines ou des moniales de Bethléem confondaient un service d’Église avec le marketing, ce serait infiniment grave.

« Au lieu d’éprouver et de discerner si le Seigneur appelle vraiment le postulant à la vie monastique, écrit Fabio Barbero, c’est l’inverse qui se produit : on le manipule pour qu’il reste. »

C’est de l’ordre du simple bon sens : à quoi bon engager quelqu’un dans une vocation qui ne serait pas la sienne, qui le rendrait malheureux toute sa vie et qui serait en décalage avec la vocation de toute la communauté ?

À titre d’exemple, à la fin du dernier mois évangélique des frères, les jeunes rendaient grâce pour cette retraite qui les avait aidés à rencontrer le Seigneur. Parmi eux, un jeune a décidé de poursuivre la découverte de notre vie en vivant au sein d’une de nos communautés. D’autres auraient voulu entrer qui ont juste vingt ans. Nous avons reconnu une possible vocation, mais nous leur avons conseillé de prendre d’abord un temps au service des pauvres, pour pouvoir mûrir. D’autres jeunes prennent le temps de réfléchir encore. D’autres enfin repartent poursuivre leur route dans d’autres directions.

Monseigneur Justo Mullor, ancien recteur de l’Académie pontificale, a participé à tout un mois évangélique, il en a écouté tous les enseignements. L’Archevêque de Salzbourg, lui, est venu plusieurs années avec des prêtres de son diocèse, pour participer quelques jours à la retraite. Les Cardinaux Lustiger, Danneels, Rouco, Barbarin, le Père Raniero Cantalamessa… ont rencontré les retraitants. Chaque année, il y a toujours un évêque qui vient au mois évangélique. Cela permet aux jeunes d’avoir un contact vivant avec l’Église, de poser leurs questions et d’approfondir leur discernement éclairé par des hommes de foi et d’expérience.

Quitter le monde et les siens pour suivre le Christ au désert

Le jeune qui décide d’opter pour la vie monastique est conscient du combat qu’il lui faudra mener pour quitter le monde et suivre le Christ. Il a peut-être des parents, parfois non chrétiens, des amis, qui risquent d’être affectés par sa décision.

Si c’est dans une relation vivante avec Jésus que le jeune a entendu son appel : « Viens, et suis-moi », c’est Jésus lui-même qui lui donnera la force de recevoir les questions de ses proches et de les aimer tellement qu’il sera capable d’attendre, d’écouter, d’échanger avec eux pour les aider à respecter l’appel de Dieu dans sa vie. Le jeune essaie d’être témoin de l’amour de Dieu auprès de ceux qu’il quitte.

Une entrée progressive dans la vie monastique

Nous nous efforçons avant tout d’introduire chaque jeune dans notre vie monastique selon ce qu’il est, avec son histoire spécifique, humaine, spirituelle, culturelle, et ainsi qu’il puisse progressivement avoir accès à la vie au désert. Loin de vouloir « faire tomber la personne dans les filets de la communauté », nous essayons de lui donner les moyens qui puissent l’aider à un vrai discernement, sous l’action de l’Esprit Saint.

Les étapes de la formation

Les jeunes actuellement ont souvent du mal à s’engager et beaucoup, qui ont vraiment la vocation, ont besoin d’un temps assez long pour réapprendre à vivre les réalités humaines les plus simples : se nourrir, travailler, prier, dormir, poser les gestes de la vie quotidienne.

Si des jeunes regardants ont besoin de mûrir avant d’entrer dans la vie monastique, nous leur proposons par exemple d’entreprendre ou de poursuivre des études, de faire les Exercices de saint Ignace, de s’engager dans un service caritatif ou humanitaire, tout en étant accompagnés selon leur souhait.

De plus, la vie de solitude à Bethléem a quelque chose de spécifique : nous sommes fils de Saint Bruno et non de saint Benoît, de saint Bernard ou de saint Dominique. Nous avons une parenté avec les Chartreux, mais nous sommes aussi différents, tout en ayant le même Père saint Bruno. Notre forme de vie demande une longue formation.

Les étapes de la formation comportent une « école de vie », puis la prise d’habit au début du postulat, puis le noviciat canonique qui précède la première profession. La profession perpétuelle vient ensuite après une durée de cinq ans de profession temporaire, ces cinq ans pouvant être prolongés de quatre ans.

À chaque étape, il revient au moine de demander lui-même, librement et par écrit, de pouvoir accéder à l’étape suivante.

Certes le Droit canonique prévoit des délais précis, notamment pour le noviciat qui doit durer deux ans et ne peut être prolongé au-delà de deux ans et demi. Au cours de notre histoire, nous nous sommes toutefois heurtés, pour certains membres de notre Famille, à une difficulté : il arrive qu’un moine ou une moniale parvienne au terme de deux ans et demi de noviciat et qu’il ne soit pas encore prêt à s’engager dans ses premiers vœux.

Notre désir et notre intention sont de respecter les délais demandés par l’Église et nous y tendons. Quand, au terme d’un discernement, nous voyons que le jeune moine ou la jeune moniale n’est pas adapté ou n’est pas fait pour ce genre de vocation, nous l’invitons à ne pas s’engager dans la profession, même lorsqu’il le demande. Tant que la liberté d’un novice n’est pas assez déterminée pour s’engager en vérité, et sachant la gravité de la profession, il ne peut pas être admis à prononcer ses premiers vœux (Canon 656).

Mais parfois, il est difficile de renvoyer un novice ou un jeune profès, dont l’appel est pourtant authentique, s’il n’est prêt ni à s’engager dans une profession temporaire ou perpétuelle, ni à quitter la vie monastique à laquelle il a reçu l’appel. Alors, comment opérer sans violence et sans forcer la liberté ? C’est pourquoi il arrive que soient prolongés les délais du noviciat ou de la profession temporaire pour donner au novice ou au jeune profès le temps nécessaire pour s’engager ou se retirer. Parfois le discernement peut être laborieux et difficile, et il a pu arriver que les situations mettent beaucoup de temps à se clarifier.

L’ouverture des pensées

La transparence des pensées n’est pas un chemin propre à Bethléem. Elle est proposée dans de nombreux chemins d’accompagnement spirituel depuis les origines du monachisme (cf. Saint Jean-Paul II, Orientale Lumen n° 12 et 13). Elle favorise le discernement en celui qui la pratique.

Il n’y a pas une manière standard d’introduire une personne à l’ouverture du cœur. Il y a de multiples manières de s’y engager, mais la condition sine qua non de la fécondité de la démarche est qu’elle soit accomplie en toute liberté.

En persévérant dans la solitude, le moine voit davantage ses pensées et son péché. C’est pourquoi, comme le dit la Règle de saint Benoît :

« Le cinquième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’avouer humblement à son abbé toutes les pensées mauvaises qui arrivent à son cœur ou bien les fautes qu’il a faites en secret, sans rien lui cacher (RB 7,44). »

« Dès que des pensées mauvaises arrivent à ton cœur, les détruire tout de suite en les écrasant contre le Christ (Psaume 136, 9), puis les découvrir à un ancien qui vit selon l’Esprit de Dieu » (Instruments des bonnes œuvres, RB 4,50).

Il n’est donc pas indispensable d’en appeler à l’Orient pour justifier l’utilité de l’ouverture du cœur dans la vie monastique, ni de faire des prodiges de stratégie, comme si c’était une coutume suspecte qu’il faudrait garder secrète.

Si le but est clairement de venir à la lumière du Christ et de recevoir de lui la miséricorde, ouvrir ses pensées est une grâce, même s’il s’agit de pensées critiques à l’égard de son prieur. C’est la mise en pratique de la parole de Saint Paul : « Faites toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ » (II Cor 10,5).

5. Le gouvernement de la Communauté

Les Chapitres généraux et les Conseils, la « triade »

Le gouvernement ultime de la Famille de Bethléem revient au Chapitre Général qui a lieu tous les trois ans. C’est le Chapitre Général qui a toute autorité et auquel tous ses membres promettent obéissance, y compris les Prieurs généraux en leurs Chapitres respectifs. Entre deux Chapitres, le Conseil des prieurs (respectivement des prieures) se réunit plusieurs fois.

Chaque monastère comporte une « triade », c’est-à-dire un prieur et deux vicaires qui sont au service de la communauté dans une écoute commune et concertée de l’Esprit Saint pour les décisions de la vie quotidienne. Un conseil local est aussi élu après chaque Chapitre Général et se réunit pour les questions prévues par notre droit propre.

Quant à la Famille dans son ensemble, le Prieur général des moines, actuellement frère Silouane, la Prieure générale, en ce moment sœur Isabelle, sont chacun assisté d’un Conseil permanent qui demeure en relation constante et se réunit plusieurs fois par an. Trois membres de son Conseil sont en permanence auprès de la Prieure générale et se réunissent quasiment chaque jour.

La reconnaissance légale de la Congrégation

Nos communautés ont été légalement reconnues par l’État français comme la « Congrégation des Moines de Bethléem et de l’Assomption de la Vierge » d’une part, et la « Congrégation des petites sœurs moniales de Bethléem et de l’Assomption de la Vierge » d’autre part, par décret du Premier Ministre le 12 décembre 1986, paru au Journal Officiel n° 294 du 19 décembre 1986. Les statuts, annexés au décret de reconnaissance légale, expriment que ces Congrégations dépendent de l’Église catholique et ont un propos de vie monastique. Nos communautés sont également reconnues légalement dans les autres pays d’implantation de Bethléem, ou en cours de démarches pour obtenir cette reconnaissance.

L’unité

La teneur du texte de Fabio Barbero sur l’unité s’écarte de manière grave de l’esprit des ultimes paroles reçues de Jésus dans l’Évangile au chapitre 17 de saint Jean. C’est cette unité que recherche tout chrétien et a fortiori ceux qui ont consacré leur vie à Dieu « dans une communion à la prière et à la passion de Jésus pour l’unité » (cf. Règle de vie). L’unité de la Famille de Bethléem n’est pas une « méga valeur » : elle est un don, un don qui est chemin toujours recommencé. L’Esprit Saint imprime ce don dans ses membres à travers la reconnaissance par chacun de son péché (à commencer par le prieur qui est le premier à reconnaître ses torts) ainsi que par le pardon reçu et donné.

Le(a) prieur(e) est garant(e) de cette unité avec la communauté. Le(a) prieur(e) ne peut rien sans la communauté que Dieu lui demande de servir.

Le texte de Fabio Barbero fait plutôt référence ici à des notions et au vocabulaire de la libre- pensée, qui tend à opposer l’individualisme à la notion plus complexe d’unité. Il est particulièrement facile à un esprit critique de remplacer le Royaume de Dieu par le Royaume de César, faisant alors appel à des critères seulement humains pour poursuivre un but qui n’est plus celui du Royaume de Dieu.

Selon une pratique qui remonte aux lettres de saint Paul envoyées aux communautés chrétiennes et qui s’est conservée dans beaucoup d’Ordres (cf. Les « Lettres aux Fraternités » du Père Voillaume, les lettres de l’Abbé Général des Cisterciens, les homélies du Prieur de Chartreuse, etc.), les monastères reçoivent de temps en temps l’enseignement donné par frère Silouane à ses frères, par sœur Isabelle à ses sœurs, ce qui permet une heureuse circulation de vie entre les monastères.

Dans chaque monastère, en plus de la retraite du Cénacle, a lieu chaque année une retraite de dix jours où chacun peut être nourri spirituellement selon ce que l’Esprit Saint lui inspire. (Le canon 663,5 ne donne aucune indication sur les modalités de la retraite.)

Il arrive aussi que nous ayons des retraites prêchées. Par exemple, nous avons suivi les trente jours des Exercices de saint Ignace donnés par le Père Glotin, s.j., et, plus tard, par le Père Gero Mac Loughlin, s.j., au Chapitre Général des sœurs, et le Père Servais, s.j., au Chapitre Général des frères. Les monastères qui le souhaitent peuvent disposer des enregistrements de ces retraites. D’autres retraites ont été données dans divers monastères.

La vie d’obéissance

C’est de Jésus obéissant à son Père que le moine ou la moniale reçoit l’élan d’engager sa liberté pour obéir à la volonté de Dieu

Cette écoute, par le cœur libre du disciple, de l’appel d’Amour jailli du cœur du Christ est infiniment plus profonde que le consentement donné à une organisation humaine, voire politique de la communauté. Ni la prudence, ni les contraintes de la vie en communauté, ne peuvent suffire à fonder un engagement dans un chemin monastique et dans un vœu d’obéissance.

Le moine est toujours en chemin vers un don plus complet de sa liberté à la volonté d’Amour de Dieu, dans une confiance filiale et dans une relation juste aux médiations de cette Volonté. L’obéissance est l’une des réalités les plus contestées à notre époque. La vie d’obéissance demande une certaine maturité. Celui qui s’engage dans la vie monastique est appelé à découvrir progressivement que l’obéissance est chemin d’union à Dieu et ressemblance au Christ obéissant.

Une obéissance authentique n’est pas une aliénation de la conscience. Elle n’aveugle pas les moines et les moniales qui voient les limites de leurs prieurs, qui sont eux-mêmes toujours objets de miséricorde. Ils obéissent pour suivre Jésus obéissant à son Père. « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Ils sont dans une démarche de confiance à l’égard de leur prieur(e) et de leur communauté. Jamais il ne leur est demandé dans l’obéissance d’enfreindre les commandements de Dieu, et tout un chacun sait qu’il n’est pas tenu à obéir, si ce qui lui est demandé allait contre la conscience, la foi ou les mœurs.

C’est « dans la force de l’Esprit Saint » que nous avons fait vœu d’obéissance, et à la suite de Jésus obéissant au Père jusqu’à la mort et la mort de la Croix.

Ici il peut être bon de citer la tradition de la règle de saint Benoît :

« Si on commande à un frère des choses difficiles ou impossibles, il acceptera l’ordre donné avec grande douceur et en désirant obéir. S’il voit que le poids de la charge dépasse tout à fait la mesure de ses forces, il dira à son supérieur pourquoi il ne peut pas le faire. Il présentera ses raisons avec patience et au bon moment, sans se montrer orgueilleux, sans résister, sans s’opposer. » Et le supérieur l’écoutera.

Mais « si, après ces remarques, le supérieur continue à commander les mêmes choses, alors le frère doit le savoir : il est bon pour lui de faire la chose qu’on lui ordonne. Et, par amour, confiant dans l’aide de Dieu, il obéira » (RB 68).

Dans la vie monastique, il est d’autant plus important de veiller à la croissance en maturité et en responsabilité de chacun, que nous sommes libérés de certaines contraintes de la vie dans le monde. C’est un des grands défis à relever. Ce qui nous oblige, c’est le trop grand Amour de Dieu auquel nous voulons répondre à chaque instant par le don entier de nous-mêmes, dans les toutes petites choses comme dans les grandes.

La disponibilité à l’Esprit Saint dans le gouvernement

La vie monastique n’est pas une improvisation. Elle est fondée sur une régularité objective, un horaire, des rythmes de vie en cellule et de liturgie au chœur, des temps donnés à chaque activité, tout en demeurant à l’écoute de la « brise légère » de l’Esprit Saint. Gouverner « à la bougie » consiste à vivre dans une disponibilité paisible aux signes de la Providence, selon la tradition de vie dans l’Esprit transmise par Jésus Lui-même (dialogue avec Nicodème, dans l’Évangile selon saint Jean, chapitre 3) et par tous les saints (cf. saint Ignace de Loyola : « les motions de l’Esprit », etc.).

C’est ce gouvernement ouvert aux imprévus de l’Esprit qui a permis d’entreprendre des fondations en des pays où nous n’aurions jamais imaginé d’aller et que la Bonté de Dieu et l’Église ont bénies. C’est toujours à la demande de l’Évêque du lieu que les fondations se sont faites.

La liberté de quitter la communauté

Tant qu’un moine n’est pas engagé dans des vœux perpétuels, il est normal et sain qu’il puisse quitter sa communauté en toute liberté. Depuis la fondation des monastères de Bethléem, un certain nombre de frères et de sœurs qui ont reçu l’habit ont quitté notre Famille monastique. Après des étapes plus ou moins longues, ils se sont peu à peu orientés vers d’autres genres de vie : érémitisme, autres Ordres, mariage.

Pour beaucoup de ceux qui nous ont quittés, les années passées au monastère n’ont pas été “perdues”. Elles ont été un temps de construction humaine et spirituelle, et ils ont appris à connaître plus le Christ. Ils se sont aussi rendu compte qu’ils n’étaient pas faits pour cette vie- là. Ils restent amis de nos monastères.

D’autres ne veulent pas quitter le monastère alors que leur place n’est pas là ou que leurs attentes ne correspondent pas au projet de vie de la communauté. Cela crée beaucoup de difficultés. Certains ont quitté le monastère avec du ressentiment, de l’amertume, parfois des accusations contre la communauté. Nous portons leur épreuve avec peine et souffrance. Chaque situation est unique. Un départ n’est jamais facile. Nous sommes bien conscients de n’avoir pas toujours su offrir un accompagnement aimant et adéquat. L’amour est un risque et ce risque est vécu dans une responsabilité partagée, tant du côté des personnes que du côté de la communauté.

La Prieure générale des moniales

C’est de Jésus que la prieure et celles qui lui sont confiées reçoivent « l’élan » pour accomplir la volonté du Père qui peut être parfois coûteuse. Le rôle de la Prieure générale est vécu dans cette dépendance d’obéissance à Dieu pour être un vrai service d’autorité et pour la croissance des personnes dans leur liberté spirituelle. Son rôle est aussi d’être gardienne du charisme avec l’aide de son Conseil.

Dans le texte de Fabio Barbero, la personnalité de sœur Isabelle est tellement fantasmée qu’elle n’est pas reconnaissable. De nombreuses personnes qui la connaissent très bien et depuis longtemps peuvent facilement en répondre, à commencer par ses frères moines et ses sœurs moniales, ainsi que des familles des sœurs, des ouvriers, des amis des monastères, des évêques et des prêtres, etc. Nous rendons grâce à Dieu pour les années si fécondes dans l’Esprit Saint pendant lesquelles sœur Isabelle a assumé et continue d’assumer, dans un total don d’elle-même, la responsabilité que nous lui avons confiée. Et notre dette de reconnaissance envers elle est immense.

Comme chaque prieure, sœur Isabelle et son monastère sont visités avant chaque Chapitre Général. Elle remet sa charge et en fait un compte rendu détaillé à chaque Chapitre Général. Entre deux Chapitres Généraux, c’est avec le Conseil permanent et l’Économe de Bethléem que sont prises les décisions financières. Au Chapitre Général de 2013, sœur Isabelle a été confirmée dans sa charge par un vote à bulletin secret, comme cela se passe à chaque Chapitre Général.

L’exercice de l’autorité est devenu une réalité extrêmement difficile aujourd’hui et la cible d’attaques de tous ordres. Malheureusement, nombreux sont ceux qui sont très blessés dans ce domaine. Il n’est pas rare qu’ils trouvent un exutoire, en prenant l’autorité comme « bouc émissaire ».

Les dépenses que Fabio Barbero attribue à sœur Isabelle ne concernent évidemment pas son enrichissement ni son bien-être personnel. Elles sont dévolues à l’établissement des monastères, à l’aide aux monastères en difficulté, à l’accueil de jeunes, notamment de jeunes regardantes, à la beauté des églises, à l’aumône.

6. Le gouvernement des frères

Les Communautés des frères et des sœurs sont distinctes, c’est-à-dire séparées. Chacune a son autonomie et son gouvernement propre. Nous avons été érigés en une seule Famille monastique, avec une règle de vie commune. Nous avons un même charisme, et le « Conseil de Famille » permet une consultation entre le Conseil permanent des frères et le Conseil permanent des sœurs. Mais le Conseil de Famille ne s’ingère pas dans le gouvernement de chaque Communauté.

La Prieure générale n’a jamais été prieure des frères.

Quand Fabio Barbero affirme que la prieure de Bethléem exerce une toute-puissance, y compris dans le gouvernement des frères, il révèle sans doute le fond d’une révolte personnelle qui n’a rien à voir avec l’embrigadement sectaire qu’il prétend dénoncer.

Là encore, il oublie de reconnaître et de dire certains faits majeurs :

• À Bethléem, la communauté a commencé par des femmes et non par des hommes (1950 : naissance de la communauté des sœurs ; 1976 : naissance de la communauté des frères). Les frères ont à vivre d’un charisme reçu d’abord par les sœurs sous un mode qui leur soit propre, masculin. C’est un défi.

• Il ne dit pas que l’ancien prieur des frères, qui était son responsable direct, a eu de l’ingérence dans le gouvernement des sœurs.

• Il ne dit pas que dans la période – objectivement difficile pour tous – pendant laquelle il a été vicaire au monastère de Terre Sainte (et non prieur comme il le dit), pendant la maladie grave du Prieur général actuel des frères, la Prieure générale des sœurs a dû lui écrire une lettre (le 6 janvier 2008) pour qu’il cesse de faire appel à elle pour la rendre ensuite responsable des difficultés des frères et faire d’elle un « bouc émissaire ».

• Il ne reconnaît pas l’autonomie et la séparation des gouvernements distincts de la communauté des frères et des sœurs, parce que lui-même ne l’a pas bien vécue (ou n’y est pas vraiment entré), alors qu’elle existe pleinement.

7. Les études

Ce que dit Fabio Barbero ne correspond pas du tout à la réalité actuelle par rapport à la formation et aux études.

Chez les moines comme chez les moniales, saint Thomas d’Aquin, constamment reconnu par le magistère de l’Église comme « le Docteur commun », est un des piliers de notre formation théologique, avec l’étude des Pères et des Docteurs de l’Église jusqu’à saint Jean-Paul II et Benoît XVI. Ces fondements nous sont nécessaires pour soutenir une véritable vie contemplative.

Les études des moines

Les moines ont un programme permanent d’études complet avec des professeurs de séminaire, selon l’enseignement demandé par le Magistère.

Ces dernières années, ils ont reçu l’aide de différents professeurs extérieurs, par exemple en théologie : le recteur d’un séminaire de France, qui nous enseigne la christologie des pères de l’Église avant de nous introduire à saint Thomas d’Aquin ; différents professeurs d’Écriture Sainte, dont un ancien recteur de séminaire, qui doit à présent arrêter ses cours parce qu’il a été nommé évêque ; un professeur de théologie spirituelle, docteur en théologie et vice-doyen d’une université pontificale romaine, etc.

Il est à noter toutefois que l’enseignement donné dans nos monastères est à moduler sur un nombre d’années plus élevé qu’il ne peut l’être dans les séminaires, et il est important que nous recevions cette formation intellectuelle sans la couper de tout ce qui fait notre vie. Notre emploi du temps doit également faire place à une formation plus monastique, à travers notamment des catéchèses transmettant la tradition des Pères du désert et toute la tradition monastique, sans par ailleurs négliger le travail manuel par lequel chacun est formé dans un sain réalisme à assumer la vie quotidienne du monastère.

Les jeunes frères étudient le Catéchisme de l’Église catholique, la Parole de Dieu et surtout l’Évangile.

Les études des moniales

Les moniales suivent un cours magistral qui offre une synthèse de théologie sur plusieurs années et qui distille les éléments de philosophie indispensables pour saisir les bases de la théologie de saint Thomas. Les études s’accomplissent selon les directives du Saint-Siège, avec l’aide précieuse des Dominicains de Toulouse et d’autres professeurs, en ouverture aux théologiens d’aujourd’hui : Écriture Sainte, patristique, dogme, éthique, histoire de l’Église, ascétique et mystique… Chaque monastère peut faire appel à des professeurs de son pays.

Les jeunes sœurs étudient aussi le Catéchisme de l’Église catholique, la Parole de Dieu et surtout l’Évangile.

Les raccourcis qu’on nous prête à propos de la christologie sont totalement imaginaires. Les Dominicains de Toulouse et les professeurs de séminaire peuvent être les garants de l’orthodoxie de notre formation.

Une tendance au monophysisme et au monothélisme serait un obstacle majeur à l’union au Christ dans une vie spirituelle authentique et à l’intégration de la liturgie qui est une théologie chantée.

Chaque frère et chaque sœur sont accompagnés par les responsables des études du monastère, eux-mêmes en référence aux responsables généraux des études qui veillent à la mise en œuvre du programme des études.

Vivre beaucoup en solitude permet à chaque personne de suivre une voie qui lui est propre. Chacun est accompagné dans son chemin et peut puiser à la source des Pères et des grands spirituels. Dans la Règle de vie, toutes les formes de prière, même le Rosaire, sont exposées d’une manière facultative : « L’Esprit Saint peut conduire le moine… »

Les bibliothèques des monastères

Autant que nos moyens nous le permettent, nos bibliothèques sont bien fournies. On y trouve notamment aussi bien les écrits des Pères et des Docteurs de l’Église d’Orient et d’Occident, que ceux des Pères du désert, de l’École française, des saints du Carmel (saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d’Avila, sainte Thérèse de Lisieux, Père Marie-Eugène,…) et de multiples spirituels de tous pays…

Dans le domaine plus spécifique des études, il faut distinguer les livres accessibles aux jeunes en formation initiale des livres accessibles aux profès.

8. Vie dans l’Esprit Saint ou aliénation ?

Le rôle de la conscience

Fabio Barbero dit que la communauté de Bethléem isole les gens, que la communauté est manipulée, qu’il y a un phénomène d’emprise sur les personnes qui perdent leur liberté.

Quand il en parle, ne le fait-il pas en se référant seulement à sa propre expérience et à son interprétation des faits qu’il généralise ensuite ?

Le propre de la formation de la conscience, c’est qu’elle se fait à partir d’une référence que l’homme ne se donne pas à lui-même (Vatican II, Gaudium et Spes) : c’est la loi naturelle inscrite par Dieu dans la conscience de l’homme et révélée dans les dix commandements, selon cette magnifique parole de Saint Augustin : « Dieu a écrit sur les tables de la Loi ce que les hommes ne lisaient plus dans leur cœur. » Le Christ par son incarnation rédemptrice accomplit cette loi et la personne même du Christ devient la référence la plus profonde de la conscience. Mais dans le texte de Fabio Barbero, il n’est quasiment pas fait référence au Christ et à la Trinité, ou à l’Esprit Saint. Il n’est jamais fait référence à l’Évangile, ni au discernement entre la chair, l’âme et l’esprit, ni à la tradition monastique qui existe depuis plus de seize siècles. Or, faire le choix de la vie monastique, c’est faire le choix ultime d’une conscience référée au Christ, d’une conscience libérée parce qu’elle veut obéir à Quelqu’Un de plus grand qu’elle, qui est infiniment Bon et Sage et qui s’appelle Dieu. Cela s’enracine dans un mystère de foi : la foi dans le Christ mort par amour et ressuscité qui appelle certains à une vie de prière et d’amour dans la solitude.

Dans une vie monastique comme la nôtre, si la relation au Christ n’est pas première, ou si elle est faible ou absente, cette vie devient aliénante car elle n’a plus de sens. « Mon moi, dit Fabio Barbero, n’existait plus, il était entièrement identifié à celui de la communauté. » Nous comprenons ce malaise car il est de fait absurde de « vendre son âme pour être vraiment membre à part entière de la communauté. »

Cela veut dire, dans ce cas, que la conscience personnelle n’est pas vraiment libre par rapport à la communauté, parce qu’elle n’est pas encore référée au Christ et que la communauté n’est pas regardée comme le Corps du Christ en chaque membre, à sa place. Seule la relation vivante et personnelle au Christ peut donner cette liberté dans l’amour, pour participer à la vie du Corps tout entier. Cela est le fruit d’une lente maturation personnelle de chacun à la suite du Christ dans le souffle de son Esprit, pour dépasser les conformismes qui peuvent toujours exister et qui peuvent substituer un consensus commun à la conscience personnelle.

C’est comme si Fabio Barbero avait besoin de condamner la Prieure générale et la communauté pour retrouver son autonomie. On est au cœur de la confusion qu’il fait dans son texte. Pour jeter le soupçon, il se saisit de certains faits en les déformant tellement qu’ils apparaissent comme négatifs et même peccamineux.

Mais où est la VÉRITÉ ? Il n’y a plus de vérité dans ces faits cités par Fabio Barbero, ni de conscience claire de la réalité.

Les intervenants extérieurs à la communauté

Des prêtres et des professeurs extérieurs à Bethléem nous aident. D’autre part des psychologues peuvent accompagner un moine ou une moniale à un moment ou l’autre de son cheminement.

Par ailleurs des confesseurs extraordinaires sont régulièrement à la disposition des moines et des moniales avec qui ils peuvent parler.

9. Dernières réponses

Le suicide de sœur Myriah

Ce qu’a écrit Fabio Barbero est choquant et contraire à la réalité des faits et à la dignité de la personne humaine.

Cet événement douloureux demande à être entouré de silence et de respect pour la personne de la petite sœur et pour sa famille. Nous ne voulons pas mettre dans le domaine public ce qui serait une atteinte à la vie privée.

Mais ceux qui garderaient une question par rapport à cet événement peuvent demander une information personnelle aux prieur(e)s des monastères.

Les messages de Saroué

Il y a bien longtemps que plus personne ne parle de Saroué à Bethléem. Une lettre de sœur Marie adressée à la Congrégation pour les Religieux à Rome disait avec clarté qu’elle demandait pardon d’avoir fait confiance à ce que disait Saroué. Les moines et les moniales qui avaient reçu des messages ont été invités à ne pas les garder.

Conclusion :

Les diverses accusations portées par le texte de Fabio Barbero vont bien au-delà de la remise en cause de la personne de sœur Marie et de la prieure générale. Elles discréditent la reconnaissance par le Saint Siège de l’authenticité du chemin de foi et du charisme de notre Communauté, ainsi que des aspects caractéristiques de notre vie monastique au désert.

C’est pourquoi, dans une profonde confiance en l’Esprit Saint qui œuvre dans l’Église, nous avons demandé à la Congrégation des Religieux de bien vouloir envoyer des visiteurs apostoliques dans nos monastères.

Aussi dans la circonstance présente, comme il est écrit dans les Actes des Apôtres (5, 38s) : si l’œuvre entreprise par sœur Marie vient des hommes elle tombera, mais si elle vient de Dieu elle restera. Nous ne voulons pas risquer de nous « trouver en guerre contre Dieu ». C’est pourquoi nous n’utiliserons aucun moyen persuasif pour justifier ce que notre Mère l’Église, à travers la voix du Pape saint Jean-Paul II et des éminents cardinaux chargés de notre reconnaissance canonique, a reconnu comme l’œuvre de l’Esprit Saint à travers l’instrument choisi par Lui en la personne de sœur Marie.

Le livre d’Inès de Warren : « Cet Amour que le monde oublie », Éditions Salvator, peut répondre à d’autres questions soulevées par le texte de Fabio Barbero.

Nous demandons au lecteur de ce texte de le respecter dans son intégralité et de ne pas en publier des extraits sans une autorisation écrite de la Famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno.

Annexe :

Texte de la première réponse au texte de Fabio Barbero, par Frère Silouane

Le texte diffusé par Fabio Barbero sous le titre « Les révélations accablantes d’un ancien supérieur » porte un nom trompeur, car il occulte et manipule plus de choses qu’il ne prétend en révéler. Fabio Barbero se présente comme une victime courageuse et désintéressée révélant les secrets d’une dérive sectaire. Ce pseudo statut de victime et de lanceur d’alerte est censé garantir la vérité de ses « révélations ». La gravité des accusations nous oblige à répondre pour rétablir les faits, questionner la lucidité et l’objectivité de l’auteur et pour contester radicalement ses affirmations qui relèvent d’un mélange de manipulation et de théorie du complot, qu’elles prétendent par ailleurs dénoncer.

Fabio Barbero prétend dénoncer une dérive sectaire, reposant sur un système d’emprise sur les consciences encouragé par la Communauté des sœurs et leur prieure générale. Il se plaint d’avoir été manipulé dès son arrivée à Bethléem, durant sa formation, avant de faire ses vœux et avant d’être ordonné prêtre. Mais comment peut-il, sciemment et en conscience, taire que son responsable direct pour toutes ces étapes a été l’ancien prieur de Bethléem (de 1978 à 2001), qui a quitté juste après lui notre communauté ? Lequel ancien prieur a exercé une sorte de tyrannie à l’intérieur de la communauté, l’a fait dévier dans un idéal humain étranger à l’Évangile et s’est ingéré dans le gouvernement des sœurs. Oui, quelle crédibilité accorder à ce texte quand la vérité sur l’accompagnateur principal de Fabio Barbero est ainsi occultée, pour rejeter la responsabilité sur la communauté des sœurs et sur un charisme approuvé par l’Église ?

Fabio Barbero présente son texte comme une tentative de briser la loi du silence, imposée par la Communauté des sœurs, mais lui-même occulte les innombrables éléments qui s'opposeraient à sa pseudo démonstration.

Il indique que son texte est une reprise d’un dossier qu’il a déposé en 2009 à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, parallèlement à un dossier déposé par l’ancien prieur, mais il se garde bien de dire que ces dossiers ont donné lieu à une enquête de la part de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, enquête qui s’est conclue par un non-lieu, les propos de Fabio Barbero et de l’ancien prieur ayant été reconnus comme une interprétation personnelle et déformante de leur propre histoire. Une autre conséquence de la conclusion de cette enquête a été l’exclaustration de l’ancien prieur, imposée par le Saint-Siège le 23 septembre 2013. Quant à Fabio Barbero, il a été, à sa demande, réduit à l’état laïc.

A supposer qu'il y ait eu des erreurs dans l’accueil et la formation de Fabio Barbero, qui en est le premier responsable ? Faut-il généraliser et faire la théorie de ses problèmes et de ses difficultés personnelles pour affirmer des faits qui sortent complètement de la réalité ou qui la déforment gravement ? L’affirmation que ce texte est écrit sans passion, pour l’utilité de plusieurs, est toujours démentie par l’amalgame malhonnête de faits et de pure fiction déformés par une interprétation tendancieuse et par une confusion qui paraît calculée. Qui plus est, on a scrupule à rappeler cette simple évidence : Fabio Barbero ne connaît plus la vie des monastères depuis plus de cinq ans.

Je peux attester personnellement que la réalité de Bethléem ne correspond pas à ce qui est dit et affirmé dans ce dossier mensonger et à charge.

Il ne s’agit pas de dire que la communauté de Bethléem est une réalité parfaite. Certes non.

Mais la stigmatiser bassement comme il est fait dans ce texte est honteux et malhonnête.

La communauté des frères existe de façon autonome par rapport aux sœurs, elle ne correspond en rien à ce qui est dit dans ce texte, elle a son identité propre, et le respect des personnes et de la vraie liberté est au cœur de notre recherche continuelle, pour les frères et pour les sœurs. Ce que Fabio Barbero décrit comme le « marché des vocations » à Bethléem est méprisant et injuste pour ceux qui ont trouvé leur vocation. En outre cela est démenti par les faits, car un nombre significatif de postulants choisissent une autre voie à la suite d’un processus de discernement respectueux. Le texte de Fabio Barbero profane de façon perfide et habile ce qui concerne une communauté entière, frères et sœurs, pour y jeter un discrédit total et lui faire le plus de mal possible, en occultant les éléments cités au début, ce qui est inadmissible.

C'est dire si ce texte infamant est mensonger. C'est dire si son auteur occulte sciemment une partie des faits pour porter ses accusations infondées.

Je ne pouvais, en conscience, les laisser sans réponse.

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